Ils ont dit:





   A mon retour, il s’est trouvé beaucoup de gens qui n’étaient pas partis, pour me dire qu’avec un peu de fantaisie et de concentation ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J’ai trop besoin de cet appoint concret qu’est le déplacement dans l’espace. Heureusement d’ailleurs que le monde s’étend pour les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c’est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective d’aller chercher derrière l’horizon un village où vivre les trois prochaines semaine, je suis bien aise de ne pouvoir m’en passer. [ L’usage du monde, N. Bouvier]
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   J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. [ J. Best, Grand footbaleur de Manchester United]

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_Finalement, ce tésor, on l’a vu ou pas ?

_Nous avons voulu le voir même s’il n’y était pas… Mais le trésor existe sûrement, caché par des démons taquins et il reste introuvable parmi les labyrinthes de nos questions et de nos réponses…  [ Corto Maltese & Raspoutine, La maison dorée de Samarkand]

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Lundi 7 avril 2008

 

   Un navire siffle en dépassant la jetée. Il s’en va, en jetant des feux dans la nuit. C’est un suédois. Il n’y a pas encore si longtemps, les matelots tiraient leur bordée dans la ville, buvaient de la bière dans les bars, prenaient des mulâtresses de Barroquigna par la taille. Cette nuit les voilà en mer, et demain ils seront déjà dans quelque port lointain avec des femmes blanches ou jaunes. Un jour il faut qu’Antonio Balduino s’engage, lui aussi, et qu’il coure le monde. C’est son rêve quand il dort, ou quand, étendu dans le sable, il regarde les caboteurs et les étoiles. 
                                  
   Jorge Amado, Bahia de tous les saints

 

 

 

   Voilà, le moment est enfin arrivé, Coriana va déployer ses ailes de dacron et nous allons nous envoler en direction de Salvador de Bahia; 2000miles à parcourir au dessus de l’océan atlantique… Je commence un vieux rêve qui devrait durer une bonne vingtaine de jours, il y en aura d‘autres des rêves mais celui là… Putain un taon est entrain de me bouffer la cheville, ça va encore gratter pendant une heure, font vraiment chier ces taons, on peut plus écrire peinard, gratte-gratte-gratte… Oui donc, je disais direction Salvador de Bahia avec le pot au noir aussi qui se situe pour l’instant à environ 700miles d’ici et derrière lui les alizées du Sud-est… J’ai hâte d‘y être, je ne vous le cache pas. Toutes ces aventures vécues, lues dans les livres, Slocum, Pidgeon, Gerbault, Le Toumelin, Bernicot, Marin-Marie, Auboiroux, Fougeron, Van de Kerchove, Van de Wiele, Les Damiens, Bardiaux, Dumas, Voss, Moitessier, Rebell, Tabarly, Kersauson… vont enfin avoir un sens. Nous y voilà, c’est à nous maintenant de traverser ce grand océan, nous y allons sans aucune appréhension, allez, disons juste le minimum nécessaire afin de rester vigilant et respectueux. Au départ de France j’étais un petit marin et je le suis rester, je crois, je l’espère, « L’expérience n’a jamais rien enseigné que la peur » disait Anita Conti, c’est vrai, on ne doit pas grandir sur l’eau, au contraire! Coriana, elle par contre, a évolué au rythme des escales et beaucoup depuis le jour de son départ de Douarnenez, c’était le 20 Août 2003 à 22h, et avec, j’écrivais à l’époque mon « fidèle » équipier Kim mais les choses de ce coté là ont évoluées elles aussi, et Pathy nous partions pour une première bordée, attirés, comme certains oiseaux de mer, par le grand large… Un mât neuf, une petite delphinière, un nouveau pilote, un nouveau régulateur d’allure, des winches self-tailing, un double palans de grand voile, des prises de ris et non plus une bôme à rouleaux, un nouveau panneau solaire et autres menus détails qui ont amélioré le confort et la sécurité de l’équipage.

 

   Ce fût une belle escale Africaine, une belle rencontre que La Casamance… Des amis aussi, je ne donnerai pas beaucoup de noms mais je les porte tous dans mon cœur, c’est ici que j’ai continué de grandir, parmi eux, grâce à eux, c‘est eux aussi qui cette année m‘ont reconstruit… « Vous avez été extraordinaire, sans vous…. Je pense à toi Papis, à toi Pierre-Antoine, à toi Philippe Diassi, à toi El Hadji et à toi aussi Tutti, je reviendrai, un jour, c’est certain. MERCI à tous, du fond du cœur… » Ça y est, voilà que je me met à chialer, ça faisait longtemps!   

  
    Il fait beau, j’écoute

Jesus & The Mary Chain:
 

Dreams of escape keep me awake
I’m never gonna get out and make it away
I’m a stone dead tripper
Dying in a fantasy

 
   « Blues from a gun » AUTOMATIC

 
   Quoi vous dire de plus? J’ai perdu tous mes mots dans le sable… Et puis l’impatience, vous savez comment c’est, on tourne en rond à fond la caisse, persuadé qu’il reste 10 000 choses à faire… Mais rien, tout est fini, les dés sont jetés, le voyage s’est joué ici, dans les soins accordés à sa préparation. J’ai fais ce que j’ai pu et le mieux possible, ceux d’entre vous qui me connaisse savent de quoi je cause… Du travail, beaucoup! Je ne veux pas m’étendre là-dessus… J’adore ce travail, celui de ne pas laisser au hasard la chance de pointer le bout de son nez. La mer n’est pas un jeu mais un terrain de jeu… Des idées, des listes, des travaux; Des nouvelles idées, de nouvelles listes, de nouveaux travaux, et on avance ainsi vers le départ, juste en rayant des bouts de papier… Coriana est splendide, armée comme si elle se rendait au mariage de Joshua et Winnibelle, ou de Captain Brown et Anahita! Moi aussi je suis pas en reste, sur mon 31... Le sourire bloqué aux oreilles, le regard pétillant, beau et fier… Ben! Oui. Yacine arrive ce soir, demain matin on fait le frais, mardi on range et mercredi route cachouane en attente d’une belle météo pour sortir de la casamance. Pour ceux qui veulent nous souhaiter un bon voyage, tel: 00221 77 728 0004  

   Ce matin avant de venir vous envoyer ce dernier message j’ai glissé deux trois mots à Coriana, un secret, juste entre elle et moi, pour l’instant… Je lui ai promis un truc… J’étais tellement heureux!

 

   Bon et bien on se retrouve de l’autre coté, je vous souhaite une belle traversée!

 


 PS: Je t’embrasse fort « My louve », n’oublie pas de regarder la lune la nuit, je la regarderai aussi (je suis toujours entrain de lire Croc-blanc!) Whaouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu! 

 

Par Ronan Berrehouc
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Mercredi 2 avril 2008

 

On se prépare!

  
Hier soir, des jeunes Français en vacances et de passage au paradis d’ici bas m’ont proposé de dîner à leur table. Ils pensaient que j’étais seul assis à la mienne mais en fait j’étais pas seul et en plus j’étais même pas là! Fallait le savoir, c’est vrai… J’étais plus bas, avec Satan à boire mes deux bières journalières, c’était puant à souhait… Épatant! aurait chanté B.Vian.

 

_ Merci mais je préfère rester seul, j‘ai dit comme ça, tout feu, tout flamme, avec un regard en forme de brasero tout droit sorti de l’enfer.

  

   Ils se sont éternellement refroidis, on aurait dit des glaçons entrains de se noyer dans leur Coca-Cola! Qu’est ce que vous voulez, en ce moment j’ai un peu la tête ailleurs. Je ne suis pas d’une bonne compagnie. Je préfère regarder les mouches voler près du plafond ou une araignée tisser sa toile dans la charpente en rônier plutôt que de m‘ennuyer avec des gens comme eux, j‘ai le droit non?… et puis souvent ces gens ils vous posent que des questions, des tas de questions, toujours les même, des questions bateaux:

 

_Des tempêtes t’en as vu? Et combien de jours tu as mis pour venir jusque ici?

Ou encore:

_Et la nuit tu fais comment pour dormir, tu jettes l’ancre?

 

   Vague impression d’être pris pour un phénomène surnaturel, alors que pour moi, ce sont eux les phénomènes. Capables de courber l’échine devant n’importe quoi juste pour regarder leurs pieds s’avancer dans une petite vie qui ne leur appartient même plus… Glisser sur Sarkozy ici pour tomber sur Carla par là, - c’est pour résumer -, et avoir peur de ça… De toute évidence ils ont perdus leur propre existence ou tout au moins l’ont égarée quelque part derrière un muret de souvenir appartenant à leur enfance. Ah! Oui, ils sont devenus grand maintenant qu‘ils disent, ces jeunes là. Ils attendent la retraite ou bien la mort mais tout ça c‘est pareil, indubitablement, sauf qu’ils ne le savent pas encore, moi si. C’est vrai, je ne suis pas très objectif là dessus mais j’ai mes raisons, vous allez comprendre… Mon pépé il est mort le jour qu’il touchait sa première pension de retraite. Il s’était acheté un poste de télévision couleurs avec, un Phillips si mes souvenirs sont bon, l’installateur est venu le brancher en début d’après-midi et puis après pépé avec mémé ils sont partis promener jusqu’à chez mémé poirier mon arrière grand mère pour fêter ça. Ben, c’est que c’était pas rien la télévision couleurs en 77, c’était le Punk qui commençait, on allait en avoir besoin… Pépé il est mort sur la route, tombé juste à coté de l’église, devant le magasin de chaussure, il n’a pas réussi à aller plus loin, même avec des chaussures neuves il n’aurait pas fait un pas de plus qu‘ils ont dit les pompiers… Un infarctus, pour lui la vie c’était fini. Bug, Click, corbeille! Fini les virées de sa jeunesse en scooter avec mémé, les chutes dans le fossé tout bourré avec son beau papa, Fini la guerre aussi, fini d’être cantonnier, fini les Gitanes, tout fini… Écran géant et noir. Il n’a pas connu les sex-pistols et les joies en couleurs, celles de la télé et celles de sa retraite, rien… Depuis ce jour ou presque j’ai décidé de ne pas attendre mielleusement  les couleurs sucrés de la vie, mais d’aller les chercher directement à la ruche! Pour cela,  je me suis mis en retraite avant l‘heure comme ça, elle au moins, je ne l’attend pas. C‘est pas si mal quand on y pense bien, je veux dire: Sérieusement! J’sais pas pourquoi mais je repense à Balladur qui voulait mettre la retraite à 75ans, pauvre enculé! Connard… Demande à mon pépé ce qu’il en pense.

La vie c’est maintenant, là, tous les jours, avec des hauts et des bas, des rires, des pleurs, des chansons, des amours gagnés, d’autres perdus, des risques de faux-pas sur la piste de danse, des promenades en forêt, des parties de pêche, des matches de football avec des mauvais tacles par derrière et des jolis buts marqués de la tête, de la houle par le travers, faire l’amour quand on peut, le goût de la bière et celui de la cigarette qui va si bien avec, des gueules de bois surtout, et quelqu’un qu’on aime par dessus tout ça…c’est ça la vie, c’est aussi ça le bonheur, c’est pareil. vous n’êtes pas d’accord?

Bref, ce qu’est réellement la vie de tous ces gens qui eux glissent sur n’importe quoi fini malgré tout par me retomber dessus et souvent, franchement, ça me casse les couilles. Je préfère rester seul devant mon assiette, tranquille et peinard à regarder les mouches se faire enculer ou des bzzzzzz-bzzzzzzz dans l’air ou l’araignée danser la samba dans sa toile au coin de la charpente et si ça me fait rire ou chanter c‘est toujours ça de gagner! Surtout si c’est en pensant au Brésil qui m’attend et puis à Aurélie, surtout à Aurélie… Je sais c’est pas gentil de parler comme ça des gens qu’on connaît pas et alors, marre de dire merci et pardon, j’ai pas de religion moi et puis j’en ai marre d’être gentil avec tout le monde, c‘est fini, je veux devenir méchant… Taisez-vous, c’est moi qui écrit! (Ouh, la, la, il a pas l’air commode le Ron-Ron aujourd’hui! Il vaut mieux qu‘il arrête là…).

 

 Ouf, ça y est, je me suis un peu calmé… Coriana est prête, enfin si tenté qu’un bateau puisse l’être pour « aimer » la mer. Je ne l’ai jamais vu comme ça! Belle, belle, belle comme le jour…(Clin d’œil à mon ami Clo-Clo, trente ans déjà!) Moi aussi je suis beau, non? Et dans la tête je n’ai jamais été aussi bien! Allez, je m’accorde un peu d’euphorie, pas trop non plus! Une joie immense s’introduit doucement en moi, celle de retrouver mon terrain de jeu favori: la mer. C’est un peu comme quand petit, le dimanche matin arrivait et qu’avec ma sœur on allait pouvoir passer la journée à jouer aux Légos dans le grenier! On fabriquait des maisons sous-marine, à cause de Cousteau qu’on aimait bien, on les mettait ensuite au fond de la baignoire ou du bidet, pour faire plus vrai! Les cosmonautes c’étaient devenus des plongeurs. Ca va faire sourire maman. Papa lui il était pas là, il « jouait » déjà sur l’eau avec les grands… Maintenant il se rattrape et joue aux Légos avec ses petits enfants, et il leurs construit des maquettes de bateaux aussi, il a fini par comprendre que tout ça c’était pareil! Les Légos dans le grenier, les bateaux qui vont sur l‘eau… C‘est que pour les enfants. Quand il  reste encore une brindille de rêve et de l‘espoir à gogo… Maman elle, elle doit se dire qu’elle aurait préféré que je reste dans le grenier, que comme ça au moins je serai pas entrain de lui faire passer des nuits blanches avec mes histoires de cœur noir et de grand océan bleu à traverser… Maman, t’inquiète, j’ai le cœur qui a viré au rose et l’atlantique ça n’est pas la mer à boire, tous va bien et tous va bien se passer! Mémé disait, je m’en souviens: Oh! Celui là il revient toujours. Alors promis, un jour je reviendrai jouer aux Légos moi aussi, un peu comme papa…

 

   Une seule chose m’inquiète, c’est Ken, Kenwood, mon lecteur CD, il commence à fatiguer le pauvre, à force… Certains disques ne passent plus et sans musique sur l’eau c’est un peu comme jouer au foot avec un ballon crevé dans un champs de taupes… Quand on est un peu technicien du ballon rond, on s’amuse moins! A propos, j’ai écouté énormément de musique ces dernières semaines, des vieux disques que je n’avais plus le courage d’écouter à cause de la nostalgie… Pourtant la nostalgie c’est souvent du temps qu’on avait pas vraiment perdu… Enfin! Je sais pas? Peut-être que si au fond… Passons... Allez hop! Tout Nirvana à fond et tout Mudhoney aussi, et puis Sonic-youth, Tortoise, UI, The Flamin’ Lips, Archers of Loaf, Afghan Whigs, Dinosaur Jr, Truman’s Water, June of 44, Rocket from. The Crypt, Penthouse, Quickspace, Les Stooges, MC5, Nick Cave, les vieux Mercury Rev, les Pastels, My Bloody Valentine, Neu, CAN, Faust, Flamin‘Groovies, New York Dolls… Rien qu’de la musique pour les fous. La majorité d’entre vous n’y comprendrai rien (Je dis pas ça pour toi Aurore et je donnerai cher pour revoir My Bloody Valentine avec vous en Écosse!). Cette musique, c’est mon coté obscure, (je déteste la musique festive, elle ne sert à rien, elle ne me fait pas rire du tout.) et c’est elle qui m‘a poussé jusqu‘ici, après les Légos! …Un dernier retranchement, une camisole, un Bunker, le grenier était devenu trop petit… On survit comme on peut quand on ne veut pas grandir. Rigolez! Vous y étiez vous, en 91, à Reading pour Nirvana? Non? Et Mercury Rev à Phoenix en 92’ hein? Bon, alors. Taisez-vous (c‘est la deuxième fois… à la troisième vous serez collés samedi matin ) Sebadoh, ça ne vous dit rien non plus je suppose, pourtant c’est Lou Barlow qui a écrit les plus belles chansons d’amour, Helpless Heartbreak, Bouquet for a Siren… Mike Brant c’était de la musique de chiotte à la Turque à coté, tout juste bonne à se jeter par la fenêtre, Pardon Mike, c‘est ma pri-èr-èr-èreu… Bon, qu’est-ce que j’vous emmerde moi avec ma musique de chiotte turque, ça date d’il y a 15 ans tout ça, aujourd‘hui y‘a la Star Ac‘. On balance tout par les fenêtres une fois qu‘on s‘est torché le cul avec. C’est pour ça que le monde pue autant!

 

   Le jour est entrain de pointer, La boule jaune va s’approcher doucement mais sûrement du cochonnet la lune. Le jour a encore gagner ce matin mais je suis prêt à parier que ce soir c’est la nuit qui gagnera. Vous me suivez?

Aujourd’hui je monte à Zig’, besoin de changer d’air, je commence à faire tout et n’importe quoi pour que le départ arrive vite et c’est pas bon alors j’ai décidé d’aller voir les Kala-nag après leur périple au Bijagos, de penser à autre chose et commencer les appros. Je reviendrai sur Coriana d’ici à trois jours.

 

   Treize kilomètres seul dans la brousse, ça laisse du temps pour réfléchir n‘est ce pas? Y’a pas grand monde là dedans alors on se promène avec les pensées qu’on veut, on est libre, souvent c’est avec celles qu’on n’avait pas fini de retourner dans tous les sens. On y remet de l’ordre, on marche dessus, on se fait marcher, on nettoie un peu, on épure en laissant tomber quelques une le long du chemin, une manière de leur redonner la liberté et puis ça dure le temps que ça dure, dans la tête on est bien… C’est en marchant que j’ai eu l’idée de changer tous les hublots de Coriana. J’avais les plexis à bord, me manquait juste une scie sauteuse pour les découper mais les Kala-Nag, ils en ont une… J’ai débouché sur la nationale après trois heures que j‘ai même pas vu me passer par dessus. Putain! Je venais de connaître ma première expérience de  téléportation. J’ai attendu un taxi, trois heures aussi mais ça m’a paru plus long. Plus question de téléportation dans ce monde moderne. L‘asphalte il lui faut des pneus, de la gomme, Good year ou Michelin… Pas des pensées tordues à démêler pour vous faire bouger d‘un endroit à un autre.

   Un dimanche après-midi sur le bas côté, c’est un beau résumé, assis le cul sur la caillasse et le cerveau bien abrité du soleil sous un grand manguier pour pas cramer toutes les belles pensées que j’avais bêchées… Un car semi-rapide est passé mais dans le mauvais sens, le You And You qu‘il s‘appelait. Il a klaxonné à l’Américaine, non, ça n’était pas l’hymne américain revu par J. Hendrix à la fin de Woodstock mais quand même ça tenait la route son pouet-pouet Califournien… Deux oranges ont sauté en marche, dégoûtées de cet américanisme primaire, des OGM et de la guerre en Irak, et ont roulées sur le goudron, elles étaient pour ma pomme maintenant. J’ai remercié le taxi, J.Hendrix, la Califournie et surtout le petit nid de poule vingt mètre plus haut, en levant mon pouce, comme çà! Avec les oranges ont s’est mis à chanter à tue tête, Country Joe And The Fish: « Next stop is Viet-Nam, Wouppie we’re all gone die… », Woodstock encore. Ensuite, sans pitié, j’ai mangé les deux oranges en regardant les fourmis travailler… Elles bossaient durs les fourmis! Sans  standardisation, sans  Taylorisme, sans chanter…

    Ziguinchor, bien cool de revoir Emma et Louïc. Une liste de chose au moins grande comme ça: forêts de 5mm et de 6mm, pinceaux, 1m de chaînette, 30m de garcette de 6mm, ECT et ECT ... ... ... 

    Je peux revenir sous le manguier si vous préfériez? Bon alors, cela faisait un bon moment que j’étais là attendre un véhicule fantôme comme d’autres attendent un miracle, en regardant les fourmis travailler sans trop comprendre ce qu’elles fabriquaient un dimanche. Le jour du seigneur elles ont l’air de s’en foutre complètement. J’étais aussi entrain de me dire que les oranges étaient un peu trop acides à mon goût mais que c’était pas de leurs fautes… Quand des d’jeuns’ un blanc et deux noirs sont sortis du village d’Oukout. Des jeunes encore, décidément! Le blanc il avait la dégaine d’un rasta-man, vous savez les amis de Bob, les « dead-locks » , la vie cool, le p’tit joint qui fait pleins de fumée sur le poster de la chambre quand ont est lycéens, I shoot the sheriff, tout ça! Les deux noirs étaient plus ridicules encore, déguisés en rappeurs de la banlieue d‘Oussouye, à rouler fièrement du cul, comme une chaloupe qui filerai à la godille, dans des faux pantalons taille basse qui était tombés à mi-cuisse parce qu‘il avaient enfoncés trop fort leurs poings serrés dans les poches arrières. L’un d’eux avait deux casquettes à poste sur la tête, une avec la visière devant mais légèrement de travers pour le style et l’autre avec la visière derrière parce qu’on sait jamais dès fois qu’il y aurait un deuxième soleil à se pointer. Je vous parle pas des médaillons qu‘ils traînaient autour du col… A les bien regarder, comme ça là, les trois jeunes, on aurait dit un gang. J‘ai eu peur! Ils me regardaient d’un air méchant, certainement parce que c’était plus facile que de me regarder avec un air gentil mais je voyais bien qu’ils voulaient me dire t’as vu, nous on est cool man. C’est vrai que moi avec mes sandales (CooL), mon pantalon thaï et mon t-shirt des Açores celui avec le cachalot dans le dos j’avais l’air moins cool qu‘eux! Et surtout pas de quoi prétendre à rentrer dans leur bande… On a failli se battre! Mais non, j’déconne. Allez, casse toi, tu pues et crève à l’ombre sous ton manguier va qu‘ils devaient penser… 
   Ah! Le petit blanc rasta qui essaye de devenir noir en traînant ses semelles avec des noirs qui eux rêvent de devenir  blanc en contrefaisant des vidéo-clips de rappeurs américains, genre: M&M‘s au lieu d’EMINEM… C’est pas gagné! Moi j’vous l’dit… Retourne à tes fourmis, c’est mieux mon Ron-ron, j’ai pensé. 

   Ziguinchor, revenons y plus simplement: C’était bien. Pendant la nuit, le petit chat des Kala-Nag m’est tombé dessus en se jetant au travers de la moustiquaire du hublot de la cabine avant. Je me suis souvenu d’une vieille série de dessins animés où c’était des chats qui étaient des supers héros, c’était à la fin du mercredi après-midi, j’étais petit, je regardais ça chez mami en mangeant des rochers Suchards, ou des Lions… Bon, du coup j’étais réveillé et j’ai commencé à lire un article dans courrier international qui traitait des événements de 1968 un peu partout dans le monde et sur l’implication de la musique rock dans cette cause libertaire (surtout au Etats-Unis et en Angleterre, parce que en France y‘avait que dalle sauf Cloclo évidemment qui chantait belle belle belle… Ah! Non celle là c’était en 69). Les MC5 ils avaient viré leur manageur qui pensait qu‘à 68‘, ils disaient qu’ils étaient avant tout des musiciens, qu’ils voulaient pas faire de la politique pour arroser ensuite des fleurs au pouvoir… Anarchiste quoi! C. International, il parlait aussi de Country Joe & The Fish, des Who? et de l’hymne américain de J. Hendrix… Ici, le jour est arrivé genre Flower Power, et par un grand mystère nous étions tous en 2008! J’avais une scie sauteuse dans les mains pour découper mes plexis. Il y a trente ans, en 1968, les Damiens eux ils partaient pour leur tour du monde de 5ans, ils avaient 20ans!

 

HUBLOTS.

Je me suis attaqué aux hublots, programme:

1_ Dévisser les 200 écrous

2_ Décoller les vieux plexis sans les casser

3_ Ôter le vieux Sikaflex et Nettoyer le tour des hublots, poncer, dégraisser, 
      peindre

4_ Nettoyer boulons, rondelles, écrous (plein de Sikaflex)

5_ Traiter la rouille, Nettoyer, poncer, peindre l’encadrement coté intérieur

6_ Tracer et découper les nouveaux plexis

7_ Percer les trous de fixation

8_ Poser proprement les nouveaux plexis… 

   OK, ça paraît simple comme ça! Mais bon, nettoyer ces foutus 200 machins tous pleins de vieux Sikaflex c’est pas rien, ça prend du temps, deux nuits!

 

 

avec Because
El Hadji, Môsieur Sika'


  Personne au campement ce soir sauf Bernard. Tutti m’a dit qu’elle m’avait laissé des œufs quelque part pour me faire une omelette mais Bernard ne veut rien comprendre quand je lui demande où son les œufs. Je lui fais la poule pendant cinq minutes, cotcott cotcotcott-codeck, en jouant du cou (d’avant en arrière) et des bras pliés (de haut en bas) ça le fait tordre de rire mais pas pondre mes œufs pour autant. J’ai fini par lui dessiner une poule entrain de pondre, là encore il se tord en deux pendant 30 secondes avant de comprendre. Ouf! Une bonne omelette.
 

   Mon bon Sikaflex (le 291) que je gardais précieusement à bord est tout pourri, durci. Je dois remonter à Zig’ en acheter mais ce sera du moins bon. 

   4h30 du matin, réveil, Ziguinchor, je sais qu’ici, à cette heure il n’y aura rien d’ouvert pour prendre un café excepté à la gare routière. J’y vais à pied dans la nuit. J’aime ça… 

_ Toubab, toubab, tu vas où, Dakar? 

_ Aujourd’hui nulle part, je réponds.

_ Mais, pourquoi tu es là alors?

_ Juste pour boire un café.

_ Ah! Ok, nice

_ C’est ça, Ok, cool Raoul  (Il faut bien dire quelque chose, non?)

_ Mais après tu vas où… Dakar?

    Je tourne la tête vers l’est, le fond du garage, la petite boutique que je connais bien, le jour se lèvera vers la-bas avec le café… Je m’en enfile trois pendant que la station se met debout. Petit à petit, les murmures s’agitent et deviennent brouhaha, ils finiront capharnaüm… On bouscule les carrosseries, on fait réchauffer du diesel, on met du beurre dans les moteurs, ça sent l’échappement libre pour le petit déjeuner… Qu’on le veuille ou non, l’Afrique va bientôt se mettre en route. Un nouveau jour commence dans la poussière, j’ai toujours rien à lui demander, je suis juste où il faut, en bon spectateur. 

    A egueye, 10 jours plus tard… Ça y est, fini les Hublots. Demain c’est Dimanche, un peu de rangement, beaucoup de repos. Je suis entrain de me taper ma première infection « sérieuse ». Antibios, fucidine, Di-antalvic… Du classique. J’avais rien vu venir pourtant, rien senti, et hop en une nuit, juste là, derrière la jambe, au dessus de la cheville,  presque sur le mollet,  une douleur me réveil à 2h du matin, genre: toc-toc, c’est moi ton double, le pot de pue… Oh! Oh! Pas bon que je me dis… J’ai commencé par fumer une clope et une nouvelle fois me cramer les poils du nez à cause d’un dangereux briquets chinois! Ça a pué le cochon qu’on épile pendant un bon quart d’heure et à 2h15min j’ai décidé d’arrêter de fumer à cause des briquets chinois, c‘est évidemment plus simple que de changer de briquet… Pour commencer j’ai ouvert un flacon d’hexomédine et puis... 

  Nicole Van de Kerchove est décédée, je reçois la nouvelle par un sms de mon ami DéDé… Il connaît les choses importantes si Bush ou Ben Laden étaient mort il ne m’aurait rien envoyé… Courage DéDé, tu arrives au bout, le rêve c’est juste après quand on a des C……s. Pour la peine un petit passage que j’ai retrouvé en parcourant son livre, « 7 fois le tour du soleil »:

"   Ce qui est formidable avec les souvenirs, c’est que les bons restent et les mauvais s’oublient. Aujourd’hui, je devrais faire un sérieux effort pour me rappeler tout ce qui a marché de travers dans la construction de l’Esquilo. Et après tout, pourquoi m’en souvenir?…    Aujourd’hui l’Esquilo trotte entre deux continents, poussé par l’alizé. L’eau fait un joli bruit le long de la coque, le soleil me chauffe jusqu’au fond du cœur. François, je ne serai jamais capable de t’expliquer pourquoi j’ai choisi cette vie, mais si tu savais comme je m’y sens bien!   "   

A bientôt sur l’eau mon poteau, bise…

   Eh! Bien voilà… aujourd’hui c’est repos, rien à foutre. il est 6h00, la lune est là et ça fait déjà une bonne heure que j’suis debout à la surveiller. Une soucoupe volante est passée dans le ciel. En attendant sagement que les petits hommes vert débarque, je vais me refaire un pansement et continué les antibios pendant encore trois jours… De toutes façons il faut que pour Jeudi je sois complètement guéri, bon mais, vu la gueule du truc j’y crois pas trop. Le moral est au beau fixe, c‘est bien là l‘essentiel! Essamaye débarque normalement Jeudi sur le tarmac, on fait les courses de frais vendredi, une grosse chouille samedi au cap avec Tutti, Yattuti, Because, Bernard… Et Dimanche on dérape passer deux jours à Cachouane et attendre le feu vert de la météo…

1er Avril, je me sui levé pour pisser un coup, j'ai vu un OVNI!!!

Par Ronan Berrehouc
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Mercredi 12 mars 2008

Attention article en deux parties,  
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Bon, fini les vacances, le sable chaud, les jolies filles en maillot, la baignade de midi, l’apéro du soir en écoutant Salvatore Adamo. Non, pas Henri Salvador lui il est mort… Mais si, bien évidemment que vous connaissez Salvatore Adamo, l‘égérie des mamies et de moi aussi un peu: Les filles du bord de mer (à propos, la version de H.F.Thiefaine, elle est vraiment très médiocre!), La nuit (je deviens fou… Regarder le clip sur ce blog!), Tombe la neige, (tu ne viendras pas ce soir…), Ma brune. Oui, Fini aussi les longues discussions avec les étoiles… Non, là j’déconne.

   Salvador de Bahia et le Brésil m’attendent… Alors, j’ai remis le tricot rayé bleu et blanc. Vous savez, celui que les touristes zélés achètent à la coopérative maritime avec la casquette et la vareuse pour jouer les vieux loups de mer les soirs de grand folklore maritime (à Dz par exemple?) avant d‘aller chanter « Hop! Là haut une bouteille de rhum… » jusqu’à vider la bouteille et vomir sur la table trop propre d'une fausse taverne portuaire mais vrai buvette à toutous en rêvant sincèrement qu‘ils ont fait dix fois le tour du monde dans la nuit et baisé les plus belles femmes des ports les plus infâmes sans choper la ch'touille ... Ouep! Ben nous pendant ce temps là -je l’espère-, nous allons continuer à naviguer, à faire de belles rencontres et se foutre encore un peu de la gueule des connards de ce monde. Chouette! On n‘a pas fini…
 

   J’ai acheté un peu d’eau fraîche à une fontaine de jouvence qui coulait là-bas, en France, à Montpellier, c’était la fin des soldes, j‘en ai profité… J’ai retrouvé depuis quelques semaines maintenant l’esprit du petit marin qui normalement est le miens mais qui depuis trop longtemps traînait sa matière grise et ses idées noires au bistrot le plus proche en leurs racontant des histoires de vieux embruns sans sel et sans poissons-volants et préférait sommeiller pendant son quart sur le tabouret du comptoir, un peu comme les touristes précités…

   NON! Punk-Rock&Ron’s not dead, ça va sûrement faire plaisir à mes parents, à ma petite soeur et aux quelques amis, si toutefois le mot "ami" existe encore pour moi! Bref, ce matin à 7h d’en haut du mât où je vérifiais quelques bricoles, j’ai harangué deux trois étoiles « Fuck me I’m sick » que j’ai gueulé en même temps que les baffles qui crachaient  « Mudhoney » 11520cm plus bas. C’était une vocifération déchirante à l’intention de celle qui n’étaient pas encore parties se coucher. Non mais oh! Juste pour montrer que j’étais de retour et que j’étais là pour rigoler cette fois… Ah!Ah!Ah, Ah!Ah!Ah! voilà c’est fait. Euh! Oui, c’est un début! Elle m’ont regardé d’un œil pas trop scintillant les étoiles, l’air de dire: « Eh! Mais pour qui il se prend lui là, en bas? ». Quand elles m’ont enfin reconnu, elles ont souri et il s’est mis à faire jour… Faut vous dire qu’avec ma nouvelle coupe de cheveux et qu’à cette distance c’était pas facile de me reconnaître! Elles étaient super contente, je crois, de me revoir les étoiles, je leurs ai glissé un rendez-vous pour la nuit prochaine, on fumera une cigarette ensemble…

 

  Je suis impatient de m’y mettre au travail, j’aime trop ça et cette légère tension d‘avant les grands départs. Mais surtout je suis heureux de reprendre ce voyage entamé il y a presque quatre ans - déjà - et de vous envoyez tous vous faire foutre!!! ( Les paries allaient bon train: Partira? Partira pas? Il va finir par se noyer dans son verre cet imbécile… C’était mal me connaître!) Vous savez comment je suis, c‘est mon coté grunge, tenez pour la peine que mon départ pourrait occasionner chez certains, un petit morceau de bonheur, rien que pour nous: On peut crier ensemble si vous voulez?

 

 Rape me, my friend
 Rape me again
 I’m not the only one
 Hate me Do it and do it again
 Waste me
 Taste me, my friend
 My favourite inside source
 I’ll kiss your open sores
Appreciate your concern
You’ll always stink and burn

             NIRVANA:  ( « Rape me » , In Utero)

 

   Bon, avec une intro comme celle là inutile de vous dire que le moral du capitaine est en acier, comme son bateau. Le séjour en France s’est bien passé… dans l’ensemble cela fût beau et froid, Sarko dégringolait dans les sondages à mesure qu’il promenait sa « came » Carla dans tous les journaux et les magazines people de France et de Navarre mais on s’en fout complètement, n’est ce pas? Comment vous arrivez à rester vous?

   J’avais fais mes courses rapidement, une liste énorme, 27Kg, mais mes deux winches eux sont restés coincés quelques jours au fond d’un jardin, quelque pars du coté de Vannes! J’ai pas réussi à monter la haut! J’en ai profité pour regarder du foot à la télé mais bon, j’ai quand même manqué un feu de cheminée… J’ai aussi vu Palavas-les-Flots, même quand y allant, dans le bus, y’a un cil qui s’est décroché de ma paupière et que Aurélie elle m’a dit de faire un vœu… Elle a trouvé que je l’avais fais rapidement mon vœu mais bon ça faisait quelques mois que je m’acharnais sur le même alors?

   Le retour au Sénégal s’est bien passé, il ne pouvait en être autrement. J‘n’y allais pas à reculons cette fois! Air Italia ne m’a pas demandé un billet retour, la douane dakaroise a bien essayé de m’embêter à cause de tous le matos que je trimballais mais j’ai vite réglé le problème en sortant de mon sac une petite ancre d’annexe et en menaçant le douanier de lui fracasser le crane avec s’il ne me laissait pas rentrer dans son pays (Si cela peut donner des idées à tous les immigrés sans-papiers en France, tant mieux!). J’aurai aussi pu réciter la sourate de Yacine (Vous avez qu’à la lire, elle est dans le coran, pour comprendre!) mais comme au fond de mon sac j’avais déjà mis un petit coris porte-chance qu’un sorcier complètement saoul m’avait refilé dans un bistrot de quartier à  Marseille en même temps qu’il me frottait le crane avec des plûmes de poules et je ne sais trop quoi encore, je ne risquais rien. Il m‘avait trouvé sympa ce sorcier béninois. Je crois qu‘il m‘a aidé pour autre chose aussi, je ne lui avais rien demandé, c‘est une autre histoire...

   Quatre heure trente, A pompier, la station de taxi dakaroise, on a voulu m’arnaquer. Un drôle de passe-passe qu’ils ont tenté sauf que c’était pas leur jour, eh! Oui, c’était le miens, même les femmes, des casaçaise bien sûr, se sont mises à leurs hurler dessus. Elles avaient vu la « tentative de fraude » si bien qu‘après avoir mis le feu au garage ou presque, j‘ai eu deux super-copines pendant les dix heures de taxi, une de chaque côté, des gardes du corps… le taxi-man lui il n’avait plus personnes autour de lui, il en a été quitte pour une bonne prise de tête et une interdiction de quitter la station avec les autres chauffeur. Une sacrée histoire mais ce serait trop long à vous raconter… De toutes les façons, à 4h du matin, c’est toujours moi qui gagne, j’ai toujours été meilleur le matin, il faut le savoir… Oui, pour tout… 

  

   Après quarante heure sans dormir, j’avais encore la patate au moment de retrouver tous mes amis d’Egueye. Efrogoun yatita était de retour. Efrogoun yatita, c‘est mon surnom ici, cela veut dire petit cochon (donnez lui le sens que vous voulez!). J’étais heureux de reposer mon coude sur le comptoir. Content de retrouver tout ce beau monde, El Hadji, Tutti, Léna, Yatutti, Because, Aliou, Binta, l‘école mobile aussi…  Ici il faisait beau et chaud et partout  fleurissaient des sourires.  Plus tard, j’ai bien dormi, je retrouvais ma bannette que j’avais laissé à Aurélie pendant son séjour, elle sentait encore bon l‘Aulérie… Avec elle, ce fut près de deux mois sur un petit nuage et sans aucun autre à venir traîner autour de nous. J’étais bien, tranquille, tout là haut avec elle, j’aurai bien signé une prolongation de contrat pour quelques mois supplémentaires… Enfin bon puisqu’on se retrouve au Brésil, on va considérer que c’est un CDD renouvelable à temps partiel ou un truc dans le genre!

 

Au réveil, à 5h, j’ai renoué avec le nescafé et le lait en poudre et je suis resté là à contempler le bolon en écoutant Beirut, une vieille habitude. J’ai relu une partie de ce que j’avais écris le mois dernier et que je n’ai pas pu vous envoyer à cause de ce problème de clef USB.

Quelques petits extraits quand même:

 

   Il nest pas encore 7h, je me suis fait chauffer un petit nescafé en roulant une cigarette de « Drum » quAurélie a apporté dans ses bagages. Nous sommes à Kallisseye, Coriana est mouillée près de locéan, loin du monde. Un endroit super chouette pour quand on est amoureux Aurélie dort encore! sur la plage deux pêcheurs découpent des morceaux de cobos quils ont attrapés cette nuit dans leur filet et qui serviront comme appât sur les palangrottes. Un petit vent frais descend tranquillement du Nord en chantant dans les filaos juste derrière nous. Pour ici il fait froid: 18°C, je descends leur offrir un thé bien chaud Jai un faible pour les pêcheurs, cest comme ça, je me sens proche deux, parfois jaimerai être à leur place et leur refiler la mienne mais parfois non parce quelle est trop pourri ma place! (pensez ce que vous voulez!) On est là, assis sur le sable mouillé dans cette fin de nuit humide, eux en bottes, cirés et bonnet (je connais ça!) avec mon thé et leurs couteaux et moi pieds nus, pantalon thaï et gros pull-over avec mon nescafé tiède et mes questions dhomme blanc. Le soleil a choisi de se lever sur l’autre rive, avec les biches et les phacochères, il est rouge, immense et il frissonne encore pendant que nous, de ce coté-ci, on essaye de se comprendre. Ce sont des Bissau-guinéens:

    _En Guinée-Bissau ti es pêcheur ou banquier, mais ceux qui sont les banquiers y mentent, y sont des voleues! Cest tout, cest comme ça.  Quil me dit Assan.

     _Ouep, sans doute De toutes les façons chez nous cest pire, un vrai banquier, cest un menteur et aussi un voleur, il cummule Je dis.

Il rigole. Je rigole aussi. On est daccord. Cest un monde pourri

 

   Avec Aurélie, nous sommes allés nous balader à la pointe du monde, une parmi dautres bien évidemment. Mais ici peut-être c’est un peu moins gâté quailleurs. Une langue de sable se détourne du Sud-Sud Ouest pour sen aller vers le Nord, balayée par le vent du large qui apporte au bord de mer ce parfum salé et cet avant-goût de liberté. Des grands filaos se sont jetés ici comme des naufragés et les aigles pêcheurs, les pélicans, les serpents et les vaches sauvages se partagent ce territoire en friche. Les vautours sont plus loin... C’est peut-être ce jour là que j’ai décidé de partir vers le Brésil… Revoir l’océan m’a fait un bien fou.

   Nous avons poursuivi en direction du Nord, les pieds dans leau et la cervelle bercée par ce vent au goût de liberté. Au-dessus, le ciel bleu tentait de me raconter des vieilles conneries que, vulgairement, je balayais d‘un battement de cil, celui qui plus tard est tombé en allant à Palavas-les-Flots… Il faisait chaud et nous nous sommes baignés, nus, parce que nous navions pas pris nos maillots de bains Ce nétait pas facile croyez moi dêtre là, nu dans locéan et de nager à coté dune jolie fille quon « Em ». « Em », tiens! bizarre décrire ça comme ça mais Aurélie comprendra. De toutes façons, il y a toujours des drôles didées à se trimbaler dans la tête dun mec quand il est nu à coté d’une jolie fille et il faut vite les renvoyer ces drôles didées avant quelles ne le fassent devenir fou. Nous avons garder nos distances Environ quinze mètres, peut-être dix celle de lamitié tout au moins! Heureusement leau dici n’est pas de petites vertus.

   Ensuite, nous sommes entrés dans la brousse en suivant des sentiers de vaches plus ou moins sauvages qui avaient du se perdre si bien que nous aussi nous nous sommes perdus. Nous avons rencontré des fourmis géantes et méchantes qui ont attaqué Aurélie et puis des drôles darbres aussi, pour se gratter le dos quon a pensé! Jai fini en caleçon (une chance que jen portais un!), le pantalon lacéré par la brutalité de cette brousse qui tentait de nous étouffer. Nous étions griffé un peu partout, Aurélie surtout. Je men voulais Cétait pas un bon plan drague, Eh! merde Nous avons enfin retrouvé locéan grâce aux bruits de ses roulements et repris un bain, encore nus mais pour nous laver cette fois. Bon Dieu! Comme jaurai aimé Cest la vie, je commence à connaître. Je nai rien montré, enfin je crois ( Tu as remarqué quelque chose toi, Aurélie? ). Comme toujours, moi cest à lintérieur que ça se déchire. Jespère que tu ne men veux pas, tu me connais un peu, disons suffisamment pour comprendre Je nai rien de mauvais, je crois, juste des « petites » envies parfois et beaucoup trop damour souvent. Cest marrant, quand jécris ça elle est là, entrain de lire un Fred Vargas dans la cabine avant et moi je suis dans le carré avec des petites larmes en suspend derrière mes paupières et lordinateur posé sur mes cuisses avec mes doigts qui frappent dessus pour essayer de vous faire comprendre quelque chose à tout ça!  De temps en temps, en cachette, je lève la tête pour la regarder lire… On s’accroche au bonheur comme on peut, n‘est ce pas?

   Laprès-midi, nous avons marché jusquau petit village pour acheter des poissons à des pêcheurs, et le soir nous les avons grillé. Cétait trois belles carpes rouges que nous avons accompagné avec du riz vers leur dernière demeure (notre estomac) en compagnie d’une bouteille de rouge et d’un beau petit feu qui réchauffait la plage. Aurélie ça lui a rappelé la forêt de Fontainebleau, moi ça ne ma rien rappelé du tout, j‘ai pas voulu de souvenir sur ce coup là… Cétait du présent et du beau présent comme je nen avais pas eu depuis bien longtemps. Les crabes dansaient la danse du crabe, -ça ressemble un peu au Madison si vous voyez!- dans la nuit, ou plutôt ils étaient surexcités à lidée de récupérer un morceau de carpe grillé je me rend compte que je me suis un peu emballé à propos des crabes, parce que, les crabes ne font ni de la danse ni de la poésie! Je déteste les crabes pour diverses raisons mais pour ceux qui connaissent bien ce blog vous le saviez déjà.

   Les deux pêcheurs de ce matin sont passés nous donner quelques petites carangues avant de partir relever leurs filets et puis plus tard, ils sont encore revenus, ils voulaient nous offrir un thiof d’au moins 3kg! Tout ça parce que nous leur avions laissé quelques dolipranes et un peu d’alcool à 90°! 


   Ce soir on écoute Tom Waits, cest peut-être la dernière fois, ce n‘est pas mon disque Warm beers, cold women, ou encore Better off without wife
 

   Ce matin nous sommes le 15 Janvier mais ici c’est sans importance. Une sorte de guêpier sen donne à cœur joie autour de Coriana, on dirait un alpha-jet bleu, vert et jaune Ils passent si près de nous que je le vois ouvrir son bec pour gober…
 

   Jai encore en tête la journée d’hier passé chez Philippe Diassy, avec son histoire doiseaux qui annoncent la venue dun étranger et qu’il avait vu le matin même. Jeanne-d‘Arc, sa femme lui avait demandé de les tués pour le repas du midi mais Philippe a refusé, ces oiseaux là annonçaient la venue d‘un étranger, ce sont des oiseaux magiques Jamais je narriverai à vous raconter  Phillippe Diassy (voir le premier blog ), jamais vous ne mériterez…


Voilà, c’était un ptit’ bout de vacance, maintenant:

Par Ronan Berrehouc
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Mercredi 12 mars 2008

coriana-copie-1.jpg Retour au Présent:

 

   Voilà, aujourd’hui c’est mercredi, j’ai décidé que je ne travaillerai pas ni le Mercredi ni le Dimanche ceci afin de ménager ma monture et de continuer à faire ma petite popote d’activités annexes comme vous écrire par exemple ou jouer de la guitare ou dessiner ou faire du sport, ah oui, je me suis remis à courir et a jouer au foot et au rugby avec Yacine et les jeunes de l‘école mobile, d‘ailleurs Samedi à 17h30 si il y en a que ça intéresse y‘a un grand match: île d‘Egueye+Ecole mobile contre Diakène Ouoloff… c’est pas Rock&Ron ça!

 

   Coriana revêt petit à petit son allure de voyage, j’ai installé les deux winches, Berthe à Babord et Kitty Wu à Tribord, ne cherché pas à comprendre, Berthe c’est pour Vautrin et Kitty Wu c’est pour Paul Auster. J‘ai repris des noms qu‘avec Yohanne nous avions donné à deux poules que nous avions aidés à s’évader de leur camp de concentration, un jour à Mayotte…  J’ai mis en place un petit winch: Ignatius (la conjuration des imbéciles, J.K Toole) sur la bôme, pour les prises de ris, repassé en revue tout le gréement, enfin terminé d’installer R.Tiller (La pulpeuse pilote automatique), remis Hercule II (régulateur d’allure) en place, et fignolé bien d’autres détails encore.

  undefined nouvelle descente anti-dérapante et au second plan, rangement des réserves d'eau douce... 



 
 
Aujourd’hui c’est le 28 Février 2008. Y’a des dates importantes dans la vie, celle là en est une. Peut-être la plus… Les voeux se réalise toujours... Depuis ce matin 11h 26mn 55s je suis un ange et je fais du skateboard quelque part dans le ciel avec tous mes amis diablotins…

 

   Hier, j’étais à Ziguinchor pour faire des courses mais depuis deux jours je me coltinais une petite fièvre tenace venu de je ne sais où et que je faisait disparaître à grand coup de doliprane, de vitamines C et de quantité astronomique d’eau pur. Beurk! j‘aime pas l‘eau pure, c‘est un coup à rouiller de l‘intérieur… Pas facile de négocier des jerricanes, des sandows, des rivets, des forêts, de la garcette et je ne sais trop quoi encore avec 40°C à l’extérieur et 39°C à l’intérieur… Mais rien ni personne ne m’arrêtera, encore moins une fièvre.

   

   Ce matin tout à l’air d’être rentré dans l’ordre. La fièvre a disparu laissant juste comme une trace de fatigue derrière elle. C‘est une petite araignée qui m‘a réveillé. Elle me grattait gentiment le dos comme pour me dire: « Allez, debout mon garçon, c’est l’heure ». Malheureusement pour elle, j‘ai pensé que c‘était un cafard, si bien qu‘elle a mal fini, disons simplement qu‘elle a été un peu aplati. Pardonne moi petite araignée! Plus tard dans la matinée, j’ai vu un cafard sur le dos, il est resté là, sur la table, jusqu’à mourir de rire à cause de ma méprise du réveil…  

 

undefined  AH!AH!AH!
   
Il est 4h (du matin sinon c’est 16h) et je me sent en pleine forme. J’ai sorti les aiguilles et le fil à voile et me voici entrain de coudre et de surlier des œils sur du cordage tressé de diamètre 6mm afin de réaliser un Lazy-jack qui facilitera l’affalage  la grand voile en guidant celle ci au fur et à mesure de sa descente sur la bôme. Je l’installerai dès que le jour pointera le petit bout de son nez, j’ai hâte. Tous les matins depuis mon retour je gueule pour que le jour commence plus tôt. Tiens je viens de regarder le prix d’un Lazy-jack dans le catalogue AD, ils se fait pas chier le Mr HARKEN: 236,00Eur. Le BERREHOUC (c’est mon nom!) est à 27Eur… J’vais bientôt sortir mon catalogue, ça lui fera un peu de concurrence.

   Qu’est ce que je suis heureux… Putain! J’ai même du mal à me croire… 4h du mat‘, grand Nescafé, petite clope roulé « Fleurs du pays », Tom Waits au piano chantant « Drunk on the moon » et moi avec mon fil à voile et mon aiguille fabriquant des p’tits oeils… J’vais vous dire un truc, comme ça, mais attention, entre nous que ça doit rester, promis hein! Parce que vous savez y’a des jaloux partout… Et bien, en ce moment sur la terre ils ne doivent pas être nombreux les gens plus heureux que moi!        

 

   Yacine, mon ami/équipier pour la traversée est rentré en France régler quelques petites affaires… J’en profite ici pour lui faire un gros bisou, je sais qu’il aime bien lire mes conneries. Alors: GROS BISOU mon choux! Tu me manques… tu nous manques à tous. PS: Reviens vite Essamaye, je peux pas te remplacer pour Monique, avec moi elle mouille pas, elle est en manque de toi je crois, ne la trompe pas et ne me trompe pas non plus s‘il te plait!!!

 

   Ca y est, j’ai terminé le carénage de Coriana, la peinture de coque et celle du pont, quel taf mes enfants! cinq jours… J’ai manqué de peu l’insolation, et en ai été quitte pour un gros-gros mal de tête, deux jours et deux nuits. Bien fait pour ta gueule ça t’apprendra à pas mettre de chapeau… Imbécile, que je me suis dis.

 

   Aujourd’hui c’est… Hum? Lundi je crois… Mais vous savez de nos jours plus rien n’est vraiment établi! Alors je préfère laisser tomber ce jour par terre, PAF! Rien à foutre de ce jour… Il est tout cassé maintenant, si-si, en 24 morceaux, je les ai comptés. C’est tout de même marrant de voir comment il sont formaté les jours, du plus haut que vous puissiez en jeter un, il se brisera toujours en 24 morceaux et si vous prenez un de ces morceaux pour le fracasser contre un mur ou bien la tête de quelqu‘un que vous détestez par exemple, il se brisera en 60 morceaux, toujours! Mais Qu’est ce qui sont con les jours…

 

I never saw the morning / until I stayed up all night

I never saw the sunshine / until you turned off the light

I never saw my home town / until I stayed away too long

I never heard a melody / until I needed  the song


Tom Waits, « San Diego Serenade ». Je pourrai passer des heures à essayer de vous expliquer pourquoi ce morceau arrive à faire frissonner mon échine et se dresser tous les poils de mes bras… Mais je n’y parviendrai pas.

 

 Hier je suis allé au Cap-Skirring, acheter des affaires de toilettes parce qu’on me les a prise… Une brosse à dent et un savon pharmapure… L’hygiène, en Afrique, c’est important alors moi je me… Bref, n’est ce pas Aurélie? Et puis aussi un biberon pour une toute petite biche que des chasseurs ont bêtement capturé et qu’il va maintenant falloir biberonner au lait en poudre…

 

   C’est repos… J’ai quand même effectué quelques retouches de peinture sur le pont et commencé à rangé la belle Coriana mais tranquille, du moins autant que je puisse l’être! pas plus. Je ne me souviens pas avoir déjà été dans cet état "d’excitation lucide", d’une part je crois, parce que c’est une traversée d’océan avec le passage de l’équateur et que c’est sensé marquer la vie d’un marin, d’une autre parce que Coriana n’a jamais été aussi bien préparée et que je suis impatient de la regarder naviguer seule dans l’alizée. C’est un bateau magique, comme peu de gens en possède, un oiseau bleu! Et puis Aussi parce que de l’autre coté Aurélie nous rejoindra… J’en ai parlé un peu avec Coriana, qui avait commencé à s’habituer au style de vie un peu dissolu de mon âme solitaire. On a mis certaines choses au point elle et moi mais surtout on s’est dit qu’il faudrait commencer par réparer les toilettes une fois arrivé au Brésil!!!

    

   La nuit est un café noir géant avec quelques nuages de lait qui s‘y noient et du sucre en poudre en forme d’étoile. Trempé dedans il y a un petit croissant doré qui dégouline de beurre de co-comète. J’espère que personne ne l’aura mangé pour demain matin… Ainsi, je pourrai l’offrir à quelqu’une vers midi, à son réveille!

 

La petite biche est morte, après le troisième biberon. J’ai vu Bernard la traîner dans le sable et l’amener aux charpentiers, elle était déjà raide. Le soir j’ai vu une bassine pleine de sang et de boyaux à coté de la cuisine…

   Ce matin en venant vous voir y'avait quatres femmes devant le fétiche de Diakène Diolà. Deux d'entre elles étaient assises sur un tronc, une autre était un peu en retrait avec son bébé sur le dos qui pleurait. La quatrième faisait front et hurlait devant le fétiche, elle n'avait pas l'air contente après lui mais alors pas du tout!

   Une pensée pour Sylvain... J'espère qu'il à emporté mais livres avec lui, ils sont à toi maintenant... Tchao l'ami.   PS: Si tu t'es sauvé reste ou tu es!   

Par Ronan Berrehouc
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Vendredi 15 février 2008
Par Ronan Berrehouc - Publié dans : J'aime bien:
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En liberté



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