C'est juste pour la R12!
Je suis à Cachouane depuis le 24 Décembre. Une petite navigation joyeuse, presque entièrement sous voiles (génois seul) m’a délicatement déposée ici pour la fête de noël. Avec Coriana, qui est toute mignone maintenant nous avons fait du bon petit bateau en nous amusant avec le vent faible et en nous moquant du courant favorable qu‘on distançait (Hi! Hi! Hi!). Les oiseaux, eux aussi, étaient gaies, c’est le moins que je puisse dire et se sont bien amusés en notre compagnie. Partout autour de nous ça sentait bon, un mélange saugrenu de senteurs d’allégresse au caramels moues, de dessins feutrés d’enfants sauvages et de deux sexes opposés, excités et frivoles qui se seraient rencontrés la nuit dernière sur le bord d’une route déserte et qui au matin seraient à la recherche d’un petit nid d‘amour douillet… Oui! Tout cela réuni sentait bien bon mes amis. La joie de vivre du bolon se reflétait dans nos yeux à tous, dans les miens on pouvait lire en majuscule le mot: « BEAT ». J‘étais Moogli au meilleur de sa forme quand il chante à tue-tête avec tous les animaux de la Jungle. J’aurai fait mourir de rire un crocodile! Nous avons voyagé et dansé tous ensemble en écoutant Tanger résonner dans la mangrove: « Girl! You gave me so much love, one million lights above, I’ll never forget you… ». Enzo, mon vieux pilote automatique presque à la retraite et sans doute jaloux du talent de ma jeune et ravissante pilote « Raymarine Tiller » qui sera bientôt en service s’est remis à marcher droit. C’est un heureux mystère qui me laisse rêveur et surtout les mains libres pour aller imposer ma tête ailleurs. J’avais donc à présent tout le temps de réfléchir sur mon grand débat du jour qui allait être le suivant: Quand on admire Monfreid et Moitessier cela veut peut-être dire qu’on n’est pas fait pour vivre à deux? Enfin! Pas tous les jours disons…
J’ai gambergé là dessus, ben! Oui, pendant deux heures et demi mais au final, quand j’ai mouillé l’ancre devant le village de Cachouane, j’avais pas vraiment fait avancé mon Ch’milblik! parceque j’avais réfléchi comme un chien qui se mord la queue ou, pour mes amis de la voile qui ne comprennent pas toujours cette désillusion canine et dénué d‘embruns au goût de sel, (Là, j’ai une pensée d’environ 25cl plutôt mousseuse, douce, légèrement ambrée et pleine d’amertume pour toi Pierre P) comme un marin d’eau saumâtre qui essaye de faire du pré serré-serré sous spi de fortune dissymétrique choqué plat et en souquant à « donf » (merci Helenn Mc Arthur) ses nerfs de chutes Niagaresque, le tout en marche arrière parce que c’est quand même plus sympa et confortable pour le cuisinier qui prépare des algues marinées au vin blanc et qui fera ensuite la sieste sans les vomir, par force 16 dans le chenal du four et du moulin avant de rentrer à Molène tout dessus pour boire une bière fraîche chez Johnny et se remettre ainsi des émotions qu‘il n‘a même pas eues de toutes façon parce qu‘il était occupé à déboucher une bouteille de muscadet récalcitrante avec un tire bouchon usé jusqu’à la moelle… ( J’espère que t’es fier de moi Pierre, tu vois, j’ai parfaitement tout retenus de tes cours de nav‘au bistrot, bon on boit une autre ou quoi?) Mais que j’avais préféré badiner avec les petits bonheurs ornithologiques et la chance du jour… J’étais arrivé à Cachouane, c’était l’objectif et sur un voilier on ne doit jamais laisser ses objectifs disparaître sous l’horizon du sextant pour une sombre et triste histoire d’amour manqué sous peine de couler à pic a l’approche d’un rocher-cœur trop rose et mal placé sur la carte des rencontres. Allez comprendre? Et quand même aussi, j’étais très heureux d’avoir fait plaisir, aux oiseaux, aux pélicans surtout car ils nous avaient fait un festival de vols acrobatiques et abracadabra-scabreux, du style, mais là, il vous faudra encore beaucoup d’imagination ou de Marijuana, la patrouille de Russie au petit matin, en démonstration quelquepars au dessus de Socotra, sur des vieux Mig29 revendus à la Libye et, complètement ivre à la vodka depuis la veille!( Il vaut peut-être mieux le rouler maintenant le joint, non? ). Et puis à Coriana surtout. Quant à Monfreid et Moitessier je les ai laissé, l’un à Bab el Mandeb à la poursuite du Kaïpan et l’autre causant avec les dauphins quelquepars dans le pacifique sud. Je les retrouverai plus tard quand j‘aurai une réponse… En attendant qu‘est ce qu‘on fait? Bon eh! Bien moi je vais boire une bière bien méritée et retrouver à SOUNKA mes amis, Papis, Aurélie, Bamba, Jean-Baptiste, Kato, Julien, Bouli, Shériff, Tutti (une autre) et tous les autres… Et je vous laisse lire tranquille la suite, je suis en forme je crois!
J’ai passé la fête de Tabaski à Diakène Ouolof, El hadji à voulu me faire porter le boubou mais j’ai refusé. Je ne voulais pas ressembler à un touriste désintégré ou intégriste! J’avais déjà fait un effort en portant mon jean presque pas sale et ma belle chemise que j’avais volé aux « Deschiens » quelques années auparavant, quand ils étaient pas encore connus. Tutti m’a trouvé très beau. J’en étais sûr! Elle me l’a dit deux fois mais j’ai pas entendu, ( C’est plus tard, sur l’oreiller, que j’ai su qu‘elle me l‘avait dis.) elle ne voulait pas le dire trop fort parce que y’avait toute la famille qui baignait autour de nous, dans le sang du mouton qu’elle finissait d’équarrire à la machette… Et puis aussi un peu à cause de mon oreille qui joue très bien la sourde avec ces mots là. Tutti, au début, elle était jolie avec ses nouveaux cheveux que nous avions acheter le jour avant au Cap-Skirring et qui aujourd’hui étaient attachés sur sa tête. Elle n’était plus « crépuse »! Plus tard, quand le soleil peinant à se coucher, traînassait pensivement au dessus l’horizon, elle se glissa et fondit dans sa robe bleue d’amour et alors elle est devint délicieuse, comme peut l’être un bonbon Quality-street dans son emballage… Pouahhh! C’est pas humain de faire ça à un homme comme moi! Je vous le dis à vous, mais juste à vous, alors shutttttt motus et bouche cousu, on garde ça pour nous, franchement, oui, j’aurai voulu l’enlacer, serrer fort sa poitrine contre ma chemise avec toute la douceur et la force de mes petits bras étriqués, mais bon, y’avait encore toute la famille qui suintait là, à l’ombre, sous le manguier vide, en attendant le thé ou la saison des mangues, les mains luisantes à cause du gras du mouton et de la semoule à l’huile qu’elle venait de dévorer! Elle m’aurait envoyé direct voir l’Imam, la famille, pour me convertir et nous unir et pour la dote aussi peut-être, si j‘avais mené jusqu’a son terme mon fervent désir.
Un des problèmes majeurs de la Tabaski c’est que c’est une fête sans alcool… Et donc, pour moi, pas très folle. Heureusement, le soir avant, avec Yacine et Bernard nous avions préparé le terrain en s’arrangeant propre comme il faut, au rhum, histoire de prendre de l’avance et de se désaltérer le plus longtemps possible au jus de bissap en ce jour fête musulman. Mais bon! Fallait pas trop rêver…
Le soleil a fini par passer six pieds sous terre, je ne suis pas resté pour le bal du soir, j’allais tout de même pas draguer ma cendrillon en l’invitant à danser sur du zouk-love de dernier choix! En plus, moi, pour ne pas ressembler à un manche à ballai twistant avec des chaussettes noir et sales ou des vieux chats sauvages dans une cour d’école de filles il me faut au minimum quatre bières… Et encore? Tutti, du coup était très déçue, elle à jeté ses beaux escarpins dorés et pointus loin dans la brousse. Elle n’est pas allée danser non plus. J’ai pas vu son carrosse arriver! Elle pourtant, avec deux jus de bissap elle aurai danser toute la sainte-nuit.
Plus tard, de retour au campement et après trois bières, je m’en suis voulu… Sans me mordre les doigts, je lui est envoyé un texto, pour moi c’est à la mode, un truc du genre: « J’aurai du venir danser avec toi, tu étais très belle, ta robe, tes cheveux, toi toute simplement… bonne soirée, je t’embrasse… ».

Nous avons fêté mon anniversaire, c’était le 23 Décembre, je ne vous le rappelle pas, surtout pour ceux qui avaient oublié…(Yveline, papa, maman, Valou, Merci) Yacine me l’a rappeler au petit déjeuner, moi aussi j’avais oublié, je pensais plus à Coriana que j’allais échoué sur la plage pour gratter son beau ventre et enlever tous ces coquillages intempestifs qui s‘y étaient accrochés.
Le soir, j’ai reçu mes cadeaux d‘anniversaire, trois T-shirts dont deux débardeurs, une bouteille de St Sernin rouge et deux grandes bouteilles de soda orange. J’ai offert une tournée de cocas et de fantas aux musulmans et de rouges et de bières à Yacine et Bernard. J’ai gardé au frais une bonne bouteille de blanc que j’avais acheté au Cap-Skirring. J’ai cuisiné, si c’est vrai! Des crêpes aux sucres avec Tutti pour qu’elle apprenne. On s’est tous régalés. Ça s’est fait sans bougies mais sous une lune montante au meilleure de sa forme, gracieuse et légère, comme un escarpin célibataire qui danserait « dangeumoureusement » sur la piste noire du ciel pour séduire sa folle étoile… L’équipe du campement a repris la pirogue pour rentrer à Diakène. Yacine, Bernard et moi on ne s’est plus trop soucier des pas de danses et des histoires de cul de la lune avec Bételgeuse (l‘étoile), en moins de deux, on a descendu la bouteille de blanc, à trois. Un « entre deux mers » que j’avais choisi pour son nom parce que je trouvais que ça allait bien avec ma drôle de vie du moment et puis parceque il était plus cher et donc certainement meilleur que les autres. Yacine à voulu partir sur un canoë pour aller couper des huîtres, qui iraient bien avec l‘entre deux mers, dans les palétuviers mais Bernard en avait déjà mis de coté pour les clients de demain. Pour se finir on a envoyé le « grand-fond » de rhum… Par le fond. J’ai pas tous les jours trente sept ans, putain! Tutti nous à assisté avec le soda à l’orange. Nous, nous n‘assisterions plus rien ni personne pour le restant de la soirée. Débauche d’énergie, comme une ébauche de « ne plus savoir vivre », pour continuer à… vivre injustement! La station de radio Guinéau-Bisséenne consumait des faux-tubes brésiliens qu’on se ramassait à la pelle une fois qu’ils étaient réduit en cendres, en général ça prenait à peine trois minutes. Même un cierge ça brûle plus longtemps! Le poste, lui, grésillait, à deux doigts du court-circuit, comme pour nous aider à mieux comprendre que c’étaient de vieux morceaux de tubes qu’il nous refilait et que ça venait de très loin. Du coup, je suis parti là bas, au Brésil, danser avec Tutti, nous étions les meilleurs danseurs de toute la planète musicale brésilienne, surtout sur les faux-tubes importés de Guinée-Bissau, là on étaient carrément les meilleurs de tout l’univers. C’était vraiment chouette de me laisser à penser que j’étais pas qu’un minable petit étron perdu dans le trou du cul de l’Afrique. Nous jouions aux acrobates avec la samba, revisitions les petits pas de la salsa, batucadassions à merveille sur une piste de sable chaud et fin, y’avait Valou et Lizou et Dom qui étaient là ( Ils batucadaient! ) avec des footballeurs virtuoses et des volleyeuses multicolorées en bikinis-string partout autour de nous. Pelé et Socrates étaient là aussi, à nous regarder danser et à applaudir. Au bout d’un moment, j’ai quand même trouvé tout ça bizarre, cette notoriété soudaine… j’ai voulu partir, trop de monde autour de nous, trop d’hommes surtout, « et les hommes je les connais, ce sont tous des chasseurs-nés, il en arrive vite un beaucoup plus doué. » SUPERFLU ( La femme qui cache la forêt. ). Nous avons fini par nous ensabler… J’ai sorti les plaques de désensablage. « Allez-viens Tutti, on rentre. » j‘ai dis et puis on s’est tiré du Brésil. J’étais fatigué d’avoir gratté Coriana, je voulais dormir en Afrique ou bien… Tutti est montée à bord, sixième nuit, pourtant ce soir sa chambre était libérée. C‘est moi, ce vieux salaud! qui lui ai proposé et elle n‘a pas refusé… Maintenant, ç’est une autre histoire. J’avais trente sept putains d’années de mes couilles et pas envie de grandir, vous comprenez? Une envie furieuse de « faire l’amour » (Je suis un homme, je suis un homme, quoi de plus naturel en somme… Michel Polnareff ) et des regrets à ne plus faire valoir devant personne. De l’ébène à façonner et des vieux démons à chasser! Un cadeau d’anniversaire à honorer (si vous aimez la formule! Elle est de Cizia Zïke.)… Je vous laisse juger, parce qu’en fait, je ne sais même pas moi s‘il s‘est réellement passé quelque chose. Euh! Dites moi, le printemps, euh! C’est pour bientôt?
Il ne vous reste pas une goutte de rhum par hasard? Hips!
J’ai quitté Egueye le matin même. Avec une bonne tête mais un petit marteau dedans. J’ai fait une bise à Tutti, serré la main d’El Hadji et d’Abdou. Yacine a largué l’avant, amarrée au cocotier pendant qu’Aliou, monté à bord, relevait l’ancre arrière. Pas forcément facile de partir avec ce fort courant travers. J’étais à la manœuvre, au four, au moulin, à l’ouest et dans mes étoiles aussi un peu… J’avais prévenu à Cachouane de mon arrivée. C’était noël et on m’attendait. La soirée fût belle et calme, sans histoires de papa noël, de chaussons dans la cheminée et de sapins décorés avec des boules et des guirlandes, mais avec du poissons, du riz et quelques verres de punch « Auréliesque ». On n’a pas vraiment pensé au petit Jésus qui était né.
C’est au petit matin que la catastrophe est arrivée, j’étais entrain d’écrire quand vers 6h30, le transformateur que je branche sur la prise allume cigare de Coriana et qui alimente l’ordinateur a cramé. Ça sent pas bon l‘électronique quand ça crame. Oui! parfaitement, c’est une catastrophe. Comment je vais écrire maintenant? Pour moi, ici, c’est vital. Alors vite, un texto à Aurélie: « Putain je viens de cramer le transfo de l’ordi. Peux plus écrire. Y’a 1 boutique Accastillage Diffusion face au 36 quai A. le Gallo Boulogne (entre pt st Cloud / pt de sèvres) référence du machin: N38273 joyeux noël, merci, biz…). Je suis descendu à terre, dégoûté, meurtri, paralysé. Je suis resté assis, prostré, des heures durant, à me demander comment j’allais pouvoir survivre… C’était la pire chose qui pouvait m’arriver, j’ai pensé à vous… Merde! Pas d’article cette semaine. J’ai pensé à vwind qui tournerait en rond quelquepars en France devant un ordinateur à se dire mais qu’est-ce qu’il fou putain le con, il a perdu son inspiration ou quoi? Je me suis vautré sur la natte du campement, j’ai donné des coups de poings rageur dans le sable en serrant fort les dents, un peu comme Joe Dalton dans Lucky Lucke. J’ai cherché une solution. Je me suis tourné dans un sens et retourné dans l’autre, ça c’était pas une solution, pendant que des mots dans ma tête affluaient. Des histoires se racontaient toutes seules avec de drôles d’idées farfelues et belles, prêtes à coucher gratos avec un encrivore! Dans la panique et avec le désarroi du à cette situation de catastrophe pas très naturelle, j’avais abandonné mon carnet bleu à bord de Coriana. Fichtre! C’est impossible d’écrire ailleurs que dans ce carnet bleu. Un bout de papier même vierge, même innocent, ne me suffit pas, je ne peux pas, c’est tout, c’est ainsi, pas de mots ailleurs que dans mon carnet bleu. Tous y seraient déchirés, perdus d’avance, et se retrouveraient assis à jamais devant le comptoir des mots ivres avec tous ceux que j’ai laissé baigner dans leur cuite par manque de courage ou pour ne pas accepter mes erreurs. Ah! Mais mon sobre carnet bleu, lui, il était loin, là bas, sur le fleuve, à milles mots doux de penser à tout ça. Déjà des idées s’envolaient, s’échappaient par les trous de ma mémoire inerte qui était pour l’heure comme une piètre chasseuse de lucioles africaines, à essayer de les rattraper au vol pour les glisser dans la boite à souvenirs avant qu’elles ne regagnent le néant d’ou elles étaient venues.
Je suis allé à Sagnia counda, la maison des parents de Papis, essayé d’oublier. Tous les catholiques étaient réunis là bas pour manger le cochon et boire le vin de palme… Je me suis assis sur un petit banc où étaient réunis tous les invétérés buveurs, évidemment que Jean Baptiste y était, avec son pote Pierre Antoine, vous savez les deux vieux héros d’un passage précédent et puis aussi Pierre, un ami récolteur de vin de palme avec Ferdinand encore un autre récolteur. J’ai plongé le oukobott dans l’auge et vlan! Dans le gosier… J’ai senti passer le nectar… J’ai regardé mes deux vieux, ils étaient installés dans de confortables transats sous des posters « ONZE magazine » de Zidane (Real Madrid), Del Pierro (Juventus de Turin) et Mickaël Essien (Lyon). J’ai offert une clope à tout le monde. Jean Baptiste était torse nu, et soutenait Jésus-christ « mal en-pointé » sur sa croix au milieu des poils blancs et clairsemés de sa poitrine. Pierre Antoine portait une chemise vert-sombre de très grande classe et sont éternelle bonnet gris à rayures orange. Tous les deux s’étaient collés le même sourire aux lèvres et je m’amusais bien en regardant leur chicots qui selon moi devaient batailler ferme pour rester accrocher à leurs gencives. Soudain, j’ai eu une pensée pour ce Dieu qui n’existe pas bien évidemment! J’ai eu une pensée pour cette vie de merde que des connards nous promettent pour après la mort, j’ai eu une pensée pour mon carnet bleu resté sur le fleuve, pour mon transfo cramé, pour ces mots qui continuaient de se saouler la gueule au comptoir à cause de moi, pour ma grand-mère qui ne connaîtra jamais ni J. Baptiste, ni P. Antoine, pour Katell aussi évidemment, pour Tutti que j’ai abandonné à Egueye hier matin et qui me manque un peu, pour Aurélie qui allait arrivée bientôt et que j‘avais hâte de revoir, pour mon pote Kim que j’ai perdu cet été et pour la mort qui arriverait tôt ou tard… Mes yeux sont partis en sucettes, rouges autour et noirs dedans, jusqu’au fond, tel un abîme, l‘enfer plus simplement… J’ai continué de m’envoyer du vin de palme, en tachant de ne pas perdre une goutte de toutes ces pensées. Après tout! C’était un moment magique d’être assis là avec ces vieux d’un autre age et d’un autre monde, nous étions on peut le dire « en piste ». Des mots grisés glissaient sous mon crane, des phrases saouls et euphoriques se mettaient à danser dans le vent avec les grandes palmes des palmiers que je devinais, en double, au loin. A force de regarder ces deux vieux potes qui n’en finissaient pas de sourire, j’ai vu comme un espoir, unique, ultime, je me suis dis, comme ça: « Tu vois Ron, Dieu n’existe pas, OK on est d’accord mais si le paradis n’existe pas, eh! Bien ces deux vieux là, ils vont l’imaginer et le créer, après leur mort, quand ils auront tout le temps d‘y penser, parce qu’ils ont envie de continuer… et toi mon p’tit Roro quand tu arriveras là haut y’aura un paradis tout beau, tout propre, tout neuf… Avec Jean-Baptiste et Pierre Antoine comme nouveau Dieux et des cascades de vins de palme partout. Bacchus à Rome et Dionysos à Athènes pourront fermer leurs vieux bistrot et stopper les vendanges, ils seront complètement dépassés.

"A l'avenir, laisse venir, laisse le vent du soir décider" (A.Bashung)





De Ziguinchor à Dakar en taxi...



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