Ils ont dit:





   A mon retour, il s’est trouvé beaucoup de gens qui n’étaient pas partis, pour me dire qu’avec un peu de fantaisie et de concentation ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J’ai trop besoin de cet appoint concret qu’est le déplacement dans l’espace. Heureusement d’ailleurs que le monde s’étend pour les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c’est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective d’aller chercher derrière l’horizon un village où vivre les trois prochaines semaine, je suis bien aise de ne pouvoir m’en passer. [ L’usage du monde, N. Bouvier]
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   J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. [ J. Best, Grand footbaleur de Manchester United]

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_Finalement, ce tésor, on l’a vu ou pas ?

_Nous avons voulu le voir même s’il n’y était pas… Mais le trésor existe sûrement, caché par des démons taquins et il reste introuvable parmi les labyrinthes de nos questions et de nos réponses…  [ Corto Maltese & Raspoutine, La maison dorée de Samarkand]

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Jeudi 22 novembre 2007
Merci pour vos commentaireS VWIND et PIERRO, cela fait plaisir... 

Mardi 20 Novembre


   Je suis arrivé à Egeye vers 15h en ayant fait un peu de voile. Aujourd’hui les oiseaux ont eu le droit d’éco
uter les Flamin’ groovies. Ils commencent à s’y connaître en musique les oiseaux! J’ai jeté l’ancre au pied du campement. Tutti et Aliou m’ont salué du haut de la petite falaise de sable. Nous avons pris le thé ensemble en discutant d’amour, d’hommes et de femmes, de cochons et de poules ( Des sujets récurrents ici! ).

Je me suis allongé sur une natte, à l’ombre, sous le prolongement du toit du campement. Tutti m’a rejoint pour une petite sieste, un bon moyen d‘attendre que la chaleur et les souvenirs s‘estompent. Je me suis endormi tranquillement, comme on se laisserai mourir abruti de fatigue! Quand je me suis réveillé le soleil s’en allait terminer sa journée, Tutti épluchait des patates douces à coté de moi et Aliou terminait de ranger ses ustensiles à thé. Autour de nous le monde était stable, je n’avais pas à avoir peur…  Je me suis servi une bière et assis en terrasse j’ai profité des derniers rayons que le soleil jetait sur notre petit bout de planète. une grosse pirogue  remontait de sa campagne de pêche en Guinée-Bissau, sûrement des ghanéens qui allaient vendre leur pêche à Elinkine. Coriana flottait sagement en contre-bas.  L’image était simple!  Le monde était beau. 

       
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Mercredi 21 novembre

   J’ai trouvé un bel endroit pour écrire, une petite table en bois à l’ombre. À deux pas de la petite falaise. J’écris sur du papier, j’ai besoin de rompre avec mes habitudes que sont l’ordinateur et le décor de Coriana. Les mots ne sont pas les même lorsqu’ils sont "ceuillis" à l‘extérieur… Un écureuil m’observe, caché derrière une branche, il pense que je ne l’ai pas remarqué, mais moi aussi je suis curieux... Tutti me propose un café…
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   J’ai l’impression bizarre d’avoir fait un rêve important cette nuit malheureusement je n’arrive pas à m’en rappeler… Aliou arrivé avec la pirogue: « Albert roi de Monaco » m’apporte deux baguettes de pain. J’essaye de réfléchir à une montagne de choses mais je dégringole à mesure que mes réflexions s’accrochent à la paroi encore fragile de mon cœur. C’est un lieu pleins de souvenirs, des drôles de souvenirs! une haie à sauter... Je referme mon carnet bleu après seulement deux pages d’une drôle d’écriture qui vous sera versée plus tard. Tutti est à la cuisine, elle prépare ses fameux beignets de poissons, on se met à parler, elle a 24ans et une petite fille de deux ans et demi que le père n’a pas voulu reconnaître même après 5ans de vie commune, elle a du bleu lagon autour des yeux, on dirait deux atolls! Elle n’aime plus être au village, elle se sent mieux ici, loin du village, loin du monde, loin des fous. Quelque pars nous devons nous ressembler Tutti et moi…
 
A bientôt, c'est du Taf-Taf, je passe juste deux heures à Ziguinchor acheter de l'acétone pour faire les peintures de ponts sur Coriana...  
 
 
 
Par Ronan Berrehouc
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Jeudi 22 novembre 2007






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Par Ronan Berrehouc
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Samedi 17 novembre 2007


  

  Mardi 11h45, je viens de déjeuner. ½ boite de Macédoine de légumes + un œuf dure le tout arrosé d’huile d’olive et de vinaigre de vin au jus d’échalote avec un quignon de pain rassis. En désert une banane bien-bien mûre, presque alcoolisée, écrasée dans du sucre et du chocolat en poudres (je viens d‘inventer ce désert.). dent-chocolat.jpg Pour finir, un petit nescafé noir. Dehors ça cogne! À l’intérieur de Coriana 34°C mais un petit brin d’air s’agite entre le capot avant et la descente ce qui évite à mon corps nu (chaud les filles!) de goutte à goutter… Ce matin j’ai tenté de m’occuper de mon moteur hors-bord, je voulais le nettoyer entièrement mais y’avait plus d’essence au village, j’ai du renoncer, on verra demain, Inch Allah.

 

   En fin de journée je me suis fais une petite partie de pêche dans le bolon mais je n’ai malheureusement attrapé qu’un sabre que j’ai remis à l’eau. Au retour, un tas d’oiseaux volaient dans le ciel gris-bleu rejoindre leur île pour passer la nuit au calme. J’étais Lundi, Vendredi c’est un autre (lire R.Crusoé de Defoe)! Un soleil voilé mourait, la bas, au loin dans la brousse sur un grand fromager qui écartait ses branches, (d’ici on aurait dit le trophée de la coupe du monde!) c’est super beau à regarder un fromager géant tentant d’empêcher le soleil de se cacher pour mourir! J’adore les trucs perdus d’avance. Pourtant demain il y en aurai un autre… et puis après demain encore un autre à se lever… et petit à petit, moi, je m’en fabriquerai un qui brillera jour et nuit. Pour l’instant je fabrique tous les jours des rayons…

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Je n’ai toujours pas installé la radio, je flotte loin des tempêtes et des bruits qui vous agitent. Les feuilles des arbres ont du tomber,  avez-vous donc sortis vos pelles? Non, ne me dites rien, je ne veux rien savoir de votre monde. Ici
le riz ne poussera plus et c’est une catastrophe à venir, elle me suffit. J’ai cru entendre (Un bruit parasite avec les autres voiliers. RFI?) qu’il y avait eu une grosse tempête en mer du Nord, qu’il y avait eu de la casse, des ports fermés, des cargos à la dérives ou coupés en deux… Ah! Je suis fier de toi vieil océan, tu es toujours le plus fort! Tu rétablis l’équilibre. Tu es libre et tant que tu le seras il y aura aussi de la place pour des hommes libres. On se ressemble, toi et moi. Continue de détruire, de mettre des gifles au monde, en haut, la bas, il en a bien besoin… Bon, je ne vais pas passer la journée la dessus. Ici, maintenant c’est le soir, les oiseaux baillaient aux corneilles et s’endormaient sur leurs palétuviers, les moustiques entamaient leur travail de sape au niveau des chevilles pendant que de la mangrove s’extirpaient des chants anonymes et étranges: « crisss-crisss; ploc-floc; gloup-gloup; ti-ti-ti-ti-ti-tiiiiiii; shuittt-shruittt… ». Je les écris comme je les entends.   J’ai une bière fraîche dans la poche de mon treillis, et du « poun » (feuille de tabac pilé ou découpé) à foison, la soirée s’annonce longue, belle et mystérieuse. Je suis lundi, je vous l’ai déjà dis je sais mais c’est important, c’est un lundi et pas un autre jour que je dois faire « mes choses ». J’avais juste 20h et je me déniaisais! (Encore J.Brel), il me restais donc 4h avant d’être  mardi et le mardi « mes choses » ne marcheraient pas, seulement le lundi, je me  répète mais je sais mais c’est important, c’est le vieil aveugle qui lui aussi avait insisté: le lundi c‘est la magie…

   J’ouvre ma bière qui avait commencé à tiédir dans la poche de mon treillis et roule une cigarette de « poun », attention, c’est du bon, du pilé, pas du découpé il y a deux sortes de poun , celui de Oussouye est le meilleur parce qu’il est pilé, c’est Issa qui le vent au village à 0.50 FCFA le petit paquet; La boutique du Peul (Babakar), elle, propose celui de Ziguinchor qui est découpé au ciseaux et donc moins savoureux. J’ai nettoyé la table du carré. Ma bière est posée à droite et le cendrier lui à gauche, devant moi j‘ai préparé… Non! Non et non vous n’en saurez rien même si je crève d’envie de vous raconter ce que je fais, je ne peux pas, je n’ai pas le droit, ça ne marcherait pas… Je m’en vais donc vous raconter une autre histoire que j’arrange à ma façon et que Guy m’a raconté l’autre jour à Elinkine.

    C’est une mère avec son enfant mort dans les bras qui pleure et qui ne cesse de pleurer son enfant mort! Son enfant est mort depuis plusieurs jours déjà mais elle n’arrive pas à l’enterrer, elle le garde mort dans ses bras avec l’espoir que… Et elle pleure, et elle re-pleure, elle ne fait que ça. Quelque jours passent encore (il commence à puer la mort l’enfant, ça j‘invente c‘est pas dans l‘histoire!)) avant qu’elle décide d’aller voir le grand sage et magicien du village, peut-être pourra t-il, lui, ramener son enfant à la vie et ainsi mettre fin à son malheur? Le grand sage et magicien du village lui dit: « oui, je peux faire quelque chose pour toi, d’ici 12 jours tu devras m’apporter 12 grains de riz, que tu auras quêté dans 12 foyers différents, mais attentions, 12 foyers qui n’auront jamais connu de malheurs. » La mère ravie, s’en va donc quêter ses grains de riz, il n’y a rien de plus facile, et bientôt son enfant jouera dans la concession familiale avec tous les autres enfants, comme avant. c’est cela qu’elle pense la maman mais allant de foyers en foyers pendant 12 jours elle  ne parvient  même pas à quêter un seul grain de riz. Elle comprends alors que le malheur n’a épargné personne et se décide enfin à enterrer son enfant et à en faire le deuil. Voilà, je raconte plutôt mal les histoires mais j’espère que celle là vous l’aurez compris. Moi, j’ai fais « mes choses », c’était vraiment balaise, un truc de dingue, j’aurai jamais pensé… Une heure½ éreintante, je suis sorti sur le pont, la tête vidé de son malheur, le cœur éperdu de liberté, l’amour encore plus fou qu’avant,  marchant dans le bon sens, maintenant j’avançais à nouveau vers la joie et la bonne humeur… Au plus profond de moi, Je remerciais Guy et ce vieil aveugle avec ses quelques coquillages. J’ai mis un peu de temps à récupérer à essayer de comprendre ce qui s’était passé, étais-ce vraiment moi, là tout à l’heure, seul, en bas, dans le carré, « oui, oui, c’était toi, c’était toi Ron! ». J’ai dis. J’ai crié dans la nuit… J’ai expulser.

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Expulser, 1- chasser quelqu’un du lieu où il était établi, 2- Évacuer quelque chose de l’organisme

 

Le velvet underground a commencé à grincer :

What goes on in tour mind…
Let it be good
Do what you should
You know it will be all right

 

   J’ai retrouvé ma banette vers 23h45 et entamé un Fred Vargas « l’homme à l’envers », cinq page plus loin je me suis endormi au bout de cette phrase: Comme quoi c’est désespérant, l’être humain, ça s’attache à ce qu’il a de pire. A 3h½ j’ai repris conscience, réveillé par  une faim de loup, j’ai englouti une monstrueuse tartine de pain grillé chocoleca avec un nescafé au lait en poudre + un œuf dure avec une poignée de sel + une banane. J’ai allumé l’ordi et j’ai commencé à écrire en attendant le jour, le soleil nouveau! Une partie de ce qu’il y a au dessus et pleins d’autres choses encore.     

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       A l'écriture...


PS: merci pour ton petit mot vwind, merci beaucoup... ça aide. Merci ma Valou.

Par Ronan Berrehouc
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Samedi 17 novembre 2007

D’étoiles, de rêves, et de sang…( c’est bien comme titre, non? On dirait un truc de pirates.).

 

Avertissement n°1: Cette histoire est écrite sans trucages, tous les personnages existent en   vrai et toutes ressemblances avec la réalité n’est pas fortuite.

Avertissement n°2: Lecture uniquement réservée à ceux qui aiment lire des histoires (presque) drôles!

Avertissement n°3:  aucuns, allez-y.

 

 

   La journée a commencé au milieu de la nuit pour cause de foutus mauvais rêves. Trois, pas moins, tous plus atroces les uns que les autres! Impossible à raconter, je ferais une crise cardiaque et ça détruirait votre journée de me savoir mort pour une histoire de rêves! De toutes façons, j’ai jamais rêvé ou alors y’a longtemps ou bien j‘ai oublié ou ils sentaient pas bon mes rêves… Je suis sorti sur le pont de Coriana, voir si mes étoiles passaient une bonne nuit, causer un peu avec celles qui n’étaient pas endormies, parler de choses et d’autres. Je peux tout leur dire, je les aime bien mes étoiles, elles ne me quittent pas et on a une maison avec des tas fenêtres et presque pas de murs… J’en ai profité pour fumer une clope, boire un « sun-quick » à la mangue et manger un pamplemousse rose avec une tonne de sucre en poudre en écoutant  Jacques Brel, « la quête », en boucle, vous savez la chanson avec l‘inaccessible étoile… C’est plutôt sympa comme ambiance à 4h du matin, en tee-shirt et caleçon de danser comme ça avec les moustiques sur J.Brel en causant d’amour qu’on égorge, avec mes étoiles. C‘est toujours mieux que de danser au  Caveau avec la cervelle en vrac, de la bière trop chère et que des murs et pas de fenêtre! J’ai pas retrouvé le sommeil, je l’ai perdu depuis longtemps, et puis y’avait de l’ambiance sur le pont de Coriana, même les poissons autour ils se sont mis à danser. J’ai sauté à l’eau sur « Mathilde est revenue. », Youpi! Je danse avec la maman des poissons un collé-serré endiablé (non Roro, çà c‘est Boby Lapointe et Philippe Laville pas Brel), un accès de folie! Je me suis calmé: au suivant, au suivant. J’ai continué ma nuit en lisant « Moonfleet », Attendre le jour, un passage palpitant où le jeune John Trenchard (la jambe cassée) et Elzevir Block, pris en flagrant délit de contrebande, tentent d’échapper aux soldats de sa majesté en empruntant une piste de moutons le long de la falaise.

   A 7h½,  je suis descendu à terre, Bamba était déjà là, il portait une chemise d’infirmier que M’Baye lui avait donnée (Qui lui-même l’avait eue avec une infirmière espagnole en mission pour le Seigneur.). Il a nettoyé la grande table en bois du campement, celle qui a une cicatrice à cause d’un vieux nœud où les enfants cachent leurs touilleurs, n‘est ce pas Marie-Jenny? Je l’ai regardé faire le Bamba, il y mettait vraiment du sien ce matin! Je lui ai demandé s’il me préparait un petit déjeuner royal, il m’a dit que non, qu’il préparait mon opération… Ah! Bon et de quoi? « Je t’enlève le cœur, on le change ce matin même, le village a décidé, celui-là il est pas bon Ronan », il m’a dit. « OK! Bamba », j’ai répondu. Et hop! Comme ça, il m’a enlevé le cœur, fastoche, là sur la table du campement et mis un autre à la place, un plus noir encore, plus froid, moins sensible… Mais un qui pouvait changer si je le voulais, si je le désirais… Un cœur qui pourrait en silence accepter de prendre le cœur de la copine du cœur de son copain où devenir rose ou bleu, tendre ou solide par exemple, que des choses on ne peut plus normales pour un cœur! Mon vieux cœur usé puait l’amour fou, il avait eu sa dose, beurk! On a tenté de le refourguer aux cochons qui n’en ont pas voulu, aux poules qui n’en ont pas voulu non plus, moi je voulais le refiler à un vieux pote mais il en avait déjà bouffé la moitié alors on l’a balancé dans la mangrove pour les crabes. Une heure après, on a vu tous les crabes vomir et nager sur le dos… Pour tout vous dire, là, je me suis franchement marré, j’aime pas les crabes! Ils bouffent les amours mortes avant qu’le poisson pelle il soit arrivé…

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   La table d'opération...


   Peu après, j’ai pris un Nescafé noir avec mon nouveau cœur, palpitations régulières, pas d’angoisse particulière, tout en douceur ce petit cœur, pas de vomissement ni de remontée acide non plus. Nous étions bien lui et moi, il aimait le Chocoleca (nutella sénégalais) sur du pain-beurre. Il a moins aimé la Marlboro gambienne pour la fin du café mais il m’a dit qu’il s’y ferait. Je lui ai dit que j’allais bientôt arrêter de toutes façons… On allait bien s’entendre mon nouveau cœur et moi, pas de doute.

 
    C’est une grande journée qui commençait, nous allions rendre visite au Roi malade et à un diseur de bonne aventure (vraiment du Corto Maltese) quelquepart dans la brousse, plus au nord. Par respect pour ce village, je ne vous donnerai pas son nom. Dans la pirogue, nous avons embarqué Jean-Baptiste, Abdou laye et Marie avec la petite Betty accrochée dans son dos et ensuite la maman de Bamba au village d’Elinkine. Tout cela a pris deux heures… Forcément, ici c’est l’Afrique!
 
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Marie
et Betty





Les anciens et Papis



Une heure et demi plus tard, nous débarquions près du village, marée trop basse, on avait traîné, alors maintenant on traîne les pieds dans le poto-poto, les sandales dans la main et le pantalon relevé aux cuisses jusqu’à une digue de coquillages. Tiens! Un varan qui rentre dans la mangrove, un serpent qui descend du cocotier. Oh! Un petit chacal. Nous avons traversé le village sous un soleil brûlant en envoyant du kassoumaye (bonjour, ça va?) à tout le monde… Et puis, tout au bout du village,  le Roi était là, sous son arbre, allongé dans un petit  hamac en filet de chalut. Il avait l’air plutôt mal en point le Roi! Une grosse plaie purulente sur le front et le crâne qu’il cachait avec un vieux tee-shirt jauni. Le Roi il avait pas eu de chance, quelqu’un avait tiré en pleine tête sur son animal totem, une biche, et PAN! Maintenant il se retrouvait avec ce truc tout pourri sur la tête. Il voulait pas aller à l’hôpital, pensez donc? Un Roi Diola préfère bouffer les racines de la tradition que du cacheton d‘Aloum (de blanc). Le Roi, quand il parlait, il avait une petite voix d’enfant, genre il avait avalé un ballon d’hélium, c’était émouvant. Il restait très digne mais sans fierté farfelue, comme John Wayne dans les Sept mercenaires, quand il meurt à la fin pour sauver le petit mexicain ( ça vous parle, non?), sauf que là c’était pas du cinéma américain ! Cet homme-là il souffrait vraiment et il acceptait cette souffrance, à certains moments sa tête s’effondrait, et ses yeux glissaient vers le ciel, fallait voir... Bon, Jean-Baptiste a quand même réussi à le faire rire un peu, y’a pas Jean-Baptiste pour ça! Nous lui avons offert dix baguettes de pain (à Elinkine nous n’avions pas trouvé d’arachides) alors, en remerciement, il nous a offert un mouton… COUIC!  Égorgé le mouton, du sang, du sang, des vautours autour, du sang, du sang et Massaï le chien qui court après les vautours autour du sang!!! Nous étions les invités du Roi! J’ai demandé à prendre une photo de lui dans son hamac, j’ai eu l’autorisation mais il n’apparaît pas sur la photo, juste son hamac, un Diola qui plus est, un Roi, peut choisir d’apparaître ou non sur la photo. A vous d’y croire… 

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   Le Roi...



   Pendant que les femmes préparaient le repas, je suis allé voir le diseur de bonne aventure, c’était bien la première fois que je n’avais pas peur de ce genre de truc, mon nouveau cœur peut-être? Ou plus simplement, du je m’en foutisme, crever là, maintenant! Peu m’importait après tout. On n’a que c’qu’on mérite… Mais, au fait, je méritais de continuer, non? C’était un aveugle aux yeux globuleux et jaunâtres que ses lunettes de soleil refusaient volontairement de cacher (pour le fun?), des yeux sans rond de couleurs à l’intérieur. Il était sans âge, assis sur son lit, entouré d’une moustiquaire bleue. Il tenait un long collier de coris dans les paumes de ses deux mains ouvertes. Il le tripotait simplement, avec ses pouces… Je me suis assis en face de lui, plus bas, sur un petit tabouret en bois. J’ai pas eu le temps de dire un mot. Il savait pourquoi j’étais là! Putain le con!!!  Bref, je vais quand même pas vous dire de quoi nous avons parlé et ce qu’il m’a conseillé de faire, un autre jour peut-être, pour l’instant c’est mon affaire et celle de Papis qui me servait d’interprète… Pour ceux qui commenceraient à avoir peur, vous inquiétez pas j’ai pas planté d’aiguilles dans une poupée, rien à voir avec tout ça! A la fin, il m’a aussi dit que je pouvais continuer à voyager tranquille, qu’il n’y avait aucune contre-indication. Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! Ah! ( Ici, il faut imaginer le rire de Raspoutine, la crapule sanguinaire se gaussant de son double Corto Maltese, le romantique au grand cœur!).

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  Corto et Raspoutine...


   Nous sommes repartis à la case du chef manger le mouton, longue attente… Ils font comme ça les Diolas quand ils ne veulent pas que les invités partent trop tôt, ils font durer le temps de cuisson! En attendant, nous avons bu le soum-soum (alcool à base de noix de cajou 35°/40°) sous l’arbre sacré, une grande spécialité diola ça aussi. Enfin! Le repas est arrivé, nous avons dû manger taf-taf, le soleil déclinait déjà sérieusement et dire aurevoir à presque tout un village ça ne se fait pas en cinq minutes, surtout avec un Jean-Baptiste en pleine forme, soum-soum aidant! Ciao le Roi et merci! Nous sommes repartis, vers 19h00, avec un coq, une poule, la tête du mouton, ses pattes et une branche de rogner avec ses fruits dessus.

 

NB1: Ici j’arrête d’écrire, il est 11h et Coriana est en train de déraper vers la plage du village ou sur la grosse pirogue qui charge du riz  derrière nous. Nous sommes par 3m de fond avec 20m de chaîne de diamètre 12, l’ancre delta et seulement 15 nœuds de vent… Je file 10m de chaîne supplémentaire, ça y est nous avons re-croché, tu en aurais été quitte pour un petit carénage ma belle! (C’est un truc de marin, tout le monde s’en fout?).

 

  Alors, je reprends ma journée d’hier:

 

  Nous traversions le fleuve, la nuit était belle, étoilée, comme souvent par ici. Je n’ai jamais cherché à connaître les étoiles par leurs noms mais je les connais presque toutes de vue, depuis le temps que je me balade sur l’eau la nuit. N’est-ce pas papa que même en pêchant le maquereau au bouchon quand j’avais 5ans mon nez était toujours fourré dans les étoiles? Ça ne m’empêchait pas d’être un bon pêcheur et déjà un grand rêveur… Plus tard, vers seize ans, j’ai commencé à leur donner des noms, des noms de filles que j’aimais en secret, que j’avais aimées, que j‘aimais, que j’aime, qui ne savent même pas: Gaëlle (ma première cicatrice), Sandrine ( Ma Pandora à moi), Hélène (Pourquoi t‘es jamais arrivée à Reading en 1991?), Joanna (t’as jamais voulu de moi quand je voulais de toi…) Sara (cool de t’avoir vue cet été, vous traversez quand? Bonne nav'), Aurore (Il va bien le bout de choux?), Anne (pas la folle! Elle sait que je l‘ai jamais aimée… clin d‘œil ma poule et bise, salut Marc), Yohanne (une chose, une seule: Vive la vie!), Valérie (salut Val c‘est bien l‘Australie? t'as mis un short et un chapeau cow-boy au moins? Excuse-moi Pierrot, merci pour tout. Pour tout cet été.), Katell (silence, disparue en mer un peu avant les Açores, mangée par un crabe, respect éternel. ), Aurélie ( pour qui je suis devenu Superman en soufflant sur un petit nuage.). Euh! Pardon pour celles qui pensent que je les ai oubliées mais j’ai vraiment super bien réfléchi sur ce coup-là et y’en a pas d’autres, désolé, vraiment (si toutefois vous estimez que j‘ai eu un oubli faites-le savoir au 02 98 92 37 59, c‘est le numéro de mes parents.). Je n’ai jamais parlé de cette histoire d’étoiles, sauf à Aurélie, je crois, je suis certain, mais elle ne connait pas son étoile non plus… ( Nous verrons ça en janvier, je l‘avais choisie bien au sud et cool je la vois d’ici.). C’était un jardin « céleste » secret jusqu’à aujourd’hui... Ah! Ça vous cloue le bec, ça vous perce le sifflet les filles, pas vrai?

   Bref! Ce soir, sur la pirogue je les vois presque toutes (certaines sont trop au Nord, sous l’horizon, dommage.). Au fait pendant que j‘y pense, merci les filles. Merde alors! D’un coup là, vague impression d’être Charlie causant avec ses drôles de dames. Maman, si tu lis ça toi aussi je t’aime… t’as ton étoile qui brille toujours juste au-dessus de moi (bise). Papa sois pas jaloux! Et n’allez surtout pas croire que je me drogue pour écrire des trucs pareils, ça suffit maintenant!

   J’ai continué à rêver sous les étoiles, là, à tribord, les lumières de Karabane, ici presque devant nous la lueur d’Elinkine et son feu clignotant qui ne veut rien dire, et derrière la mangrove légèrement sur tribord le halo de Cachouane… Vous me voyez? Coucou les filles… Ah! Des étoiles filantes, houlala, toutes des célibataires, merde! Fonce Papis, accélère, viiiite, elles vont me tomber dessus… Et c’est vraiment pas le moment.

   Vingt et une heure -stop- au campement, je bois une, deux, trois Flag, -stop- la journée a été belle -stop- allez maintenant essaye de faire un, deux, trois beaux rêves mon Roro -stop- ça te ferait sûrement du bien…

 

Tu vois je n’ai presque pas saigné / Tu vois je suis toujours en vie

Mais toi tu es loin d’être sauvé / Dors de toute façon il est trop tard /

Appelle ça sommeil si tu veux ... ...     

                                                               SUPERFLU (La chance, 2007)

 

NB2: Bon j’ai un peu bâclé la fin de mon histoire (télégramme) parce que finalement nous avons échoué sur la plage. Le vent est monté fort (un harmattan) et en rallongeant ma chaîne j’ai posé Coriana sur le fond de vase. Excuse-moi ma belle mais au moins nous n’irons pas plus loin, d’ailleurs j’ai horreur… Excusez-moi quelle Brel. D’ailleurs, c’était la bonne solution étant donné qu’avec ce vent et le courant je n’aurais jamais pu relever seul les 30m de chaîne sans déraper sur la plage avant d’envoyer les gaz pour m’en écarter… Du coup, j’avais le temps avant de flotter à nouveau,  j’ai filé un coup de main à charger la pirogue. Les jeunes du village n’ont pas voulu participer, ils demandaient à être payés. Une sombre histoire d’ONG et de toubab véreux… Mais je ne supportais pas de voir les vieux du village se taper seuls la corvée. J’étais avec Papis, Mamadou, Malick (le chef), vieux Dieng, Madi, Abdou… Ils étaient bien contents, 3 tonnes de riz en sac de 50kg et des cartons de 30l d’huile à  trimballer jusqu’à la ceinture dans la flotte sur un fond de vase bien collante. Au début, nous avions deux vieilles brouettes pour nous aider mais une a cassé, elle en pouvait plus la brouette, elle datait des colonies… Maintenant l’autre brouette est toute seule, c’est con mais j’ai eu une pensée pour la brouette qui restait seule.

 

   Là je viens de prendre le thé en dégustant quelques arachides crues et d’arriver à bord de Coriana, la marée a commencé à remonter, le vent est un peu tombé et continue à mollir, avec un peu de chance il sera complètement tombé pour 18h et je pourrai me débrouiller seul.

 

NB3:    Merci Papisco pour le coup de main à remouiller Coriana…
         
Merci Jacques pour ton étoile inaccessible.

 
          Merci la vie!

 

LA QUETE (J. BREL)

1968

Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d’une possible fièvre
Partir où personne ne part
Aimer jusqu’à la déchirure
Aimer même trop, même mal
Tenter sans force et sans armure
D’atteindre l’inaccessible étoile
Telle est ma quête
Suivre l’étoile
Peu m’importent mes chances
Peu m’importe le temps
Ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se tanner pour l’or d’un mot d’amour
Je ne sais si je s’rai ce Héros
Mais mon cœur s’rait tranquille
Et les villes s’éclabouss’raient de bleu
Parce qu’un malheureux
Brûle encore bien qu’aillant tout brûler
Brûle encore même trop, même mal
Pour atteindre à s’en ECARTELER
Pour atteindre l’inaccessible étoile

 

    Ce matin à 6h j’ai ramené Coriana à Eboukut, J’ai manqué un joli barracuda devant chez Simon. Maintenant les panneaux solaires sont à poste, les caniars aussi. Guy (notre fameux président) qui est arrivé avant hier m’a invité pour le café de 11h. J’ai passé le reste de ma journée à terminer de vous écrire, j’espère que ça vous a plu? C’est un sacré boulot!

   Ce soir, j’ai mangé au village. En rentrant dans la nuit, Lion (qui est contrairement à ce qu’on peut penser un chien.) a aboyé, Pierre-Antoine (Hibou) est sorti «  Réno, ty viens lé thé? ». J’étais bien, là, chez pépé, à prendre le thé à la lueur d’une bougie avec les blattes et les moustiques… Le monde pouvait bien s’effondrer, Sarkozy sauter Carla Bruti , le Canard Enchaîné révéler le retournement de fond du siècle de l‘abbé Pierre dans sa tombe, Libération dire que Ségo est une lesbienne pédophile-sado-maso, Voici photographier Pete Doherty boire un Vittel menthe et à nouveau avec Kate Moss, L’équipe annoncer que Zidane a un cancer du front mais qu‘il sera bien là pour son prochain combat contre Materazzi , les Inrocks afficher le retour de Joy division avec le clone de Ian Curtis à la MJC de Douarnenez…  J’en avais strictement rien à foutre. La vie est ici et nulle part ailleurs.  Je suis rentré jusqu’à Coriana en maudissant les serpents, les scolopendres, les varans, les chacals et tout le reste. Je n’ai personne à protéger, moi encore moins. Vivre c’est le contraire de se préserver alors maintenant je vais nus pieds dans la brousse et Inch Allah!

 

Par Ronan Berrehouc
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Samedi 17 novembre 2007

 

   Une semaine déjà que je suis à Cachouane. Le temps passe et cest ce quil peut marriver de mieux

 

   J’ai mangé chez Pierre-Antoine, une tonne de riz dans laquelle se noyait un cobo (genre de grosses sardines) pour cinq personnes et quelques coques cuitent dans du jus de citron que Margot avait ramassé sur un petit banc de sable que je ne connais pas, près du village. Prochaine fois elle m’y emmène. Elle a bien grandie la Margot, belle comme un ange noir lorsqu‘elle tire de l‘eau au puit… Elle m’a sauté au coup, Je l’ai attrapé au vol avant de la serrer dans mes bras et de lui faire un petit bisou sur le front. Bouba est arrivé à son tour en hurlant de joie, lui il est resté petit et broussard, toujours pieds nus et espiègle quand il ne s’agit pas des choses de l’école… Pierre-Antoine a juste dit « Réno, ça va? » et baissé la tête. Simon « Comment ça va mon frère et… ». J’ai mangé, j’ai pas traîné, une autre fois peut-être je resterai pour le thé, mais là j’ai les yeux qui me picotent à cause des questions d’enfants et je veux siester, fermer les yeux.

 

Deux heures plus tard…

 

   Les yeux clos, allongé sur la couchette avant, je venais tout juste de laisser Mercédès et Edmond se prendre par la main (Le Compte de Monte-Cristo). Après trois mois de mer, rien avait changé, Mercédès n’avait pas succombé à Fernand son cousin… Sur la rive à Eboukout j’ai entendu une petite voix de vieux que je reconnaissait d’entre mille, Pierre-Antoine: « Réno, Réno ». J’ai passé ma tête par le capot avant, « Réno, ty viens ici. ». Je me suis habillé et ai mis en place les moustiquaires juste avant de sauter dans nénnexe… Pierre-Antoine m’explique que quelqu’un a « emprunté » sa pirogue et qu’il veut prendre la mienne ( mon annexe! ) pour partir à Sifoka avec son pote Jean-Baptiste afin d’y acheminer 40l de vin de palme qu’ils vont offrir pour un mariage. On ne peut rien refuser aux anciens! Je l’ai bien mis en garde, tentant de le dissuader de partir mais rien n’y a fait… Il a mis ses mains en porte voix et pousser un cris aigu, celui que font les récolteurs de vin de palme pour s’identifier et se repérer dans la brousse. Au loin j’ai vu le bonnet de Jean-Baptiste qui traversait la rizière. Ces deux là c’étaient des aventuriers, moi je suis une mauviette! Pensez donc, 65-70ans, partir avec mon annexe chargée en cale de deux bidons de 20litres de vin de palmes, 2milles de navigation sur le bolon contre vent et marée à la rame… C’était pas l’aller qui me faisait peur mais le retour, ils allaient certainement en boire « un peu » du vin de palme et le retour des guerriers dans la nuit n’allait  pas être triste. Une bonne piste entre potes! La nuit est tombée, j’ai attendu avec Hélène (la femme de Pierre-Antoine) assis sur un banc planté dans le sable devant la case familiale. Je commençais à être inquiet, Hélène elle rigolait… Pierre-Antoine a débarqué vers 21h, avec la petite dose réglementaire… Le voyage c’était bien passé et moi j’avais hâte d’être vieux et d‘avoir un pote! 

 

Par Ronan Berrehouc
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En liberté



                                                                              BILLET  D'HUMEUR
                                                                      PAR  DES  MOTS  VOYAGEURS
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la cambuse

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