Je lève mon rêve aux amis, à ma famille, à tous ceux qui m’ont aidé à passer ces derniers mois… (merci à toutes pour vos canapés!)
Le moment est venu de partir. Devant moi, un vide intérieur et l’océan, ces deux grands espaces… Je ne sais trop comment vous remercier! Peut-être simplement en continuant ce voyage. Coriana
m’attend, j’ai bien des histoires à lui raconter, des drôles et des moins drôles. Elle, elle en a encore pleins à me faire vivre et ces histoires là, moi je tacherai de vous les raconter. J’ai un
cœur à reconstruire, un océan à visiter, vous voyez je n’aurai pas le temps de vous ennuyer… Et maintenant buvons ce rêve!
Je suis parti Jeudi dans un train mort, avec dedans le voleur de mon canard enchaîné (connard! Mais que fait la police?) et des
vieux, perdus dans un wagon de déportés que la SNCF envoyait en cure de thalassothérapie vers bordeaux. J’avais les yeux rouges, la peur au ventre, la bave au lèvre mais la tête haute, c’est
important ça, de savoir qu’on peut la garder haute sa tête quand on part loin et seul dans une nuit noire et froide… A Nantes il faisait jour et presque beau, y’avait du monde partout, des filles
surtout! Je partais, dommage… Dans la navette j’ai du tourner la tête plusieurs fois pour ne pas regarder vers où on m’emmenait, dans la vitre je voyais des larmes couler sur mes joues. J’y
allais à reculons certes, mais j’y allais, je n‘avais pas le choix. A L’aéroport ils n’ont pas voulu me laissé passer, même à reculons! Ils disaient qu’il me fallait un billet de retour, j’ai
tenté de leurs expliquer que je détestais ce pays, la France, son président et ses habitants, que je ne voulais plus jamais revenir. C’était la première fois qu’on me demandait ça, un billet
retour! ( Sarko, si par hasard tu tombes un jour sur ce Blog, sache que je te déteste). Après une heure et demi de discussion, j’ai du signer une décharge. L’artiste (c’est moi!) allait
travailler sans filet, au risque de se faire renvoyer à la case départ une fois arrivé à Dakar, Inch Allah.
Casablanca, 7h d’attente, juste ce qu’il faut pour s’envoyer quelques bières fraîches et prendre des notes dans mon carnet bleu. À
coté de moi, un grand et gros en boubou blanc est complètement saoul… Allah le tout puissant laisse donc boire les plus forts que lui, ceux qui ont des montres en or au poignet et des chaînes
tellement grosses autour du collet qu’elles m‘emmèneraient par le fond!
Dakar, 23h15 je passe la douane sans problème, un billet retour et puis quoi encore? Il suffit d’être polis et de savoir faire un
faux sourire plus vrai que nature. J’attends mon bagage qui ne n’arrivera pas. Au bureau des réclamations il n’y a personne, sauf des vieux rats qui dansent autour des sacs perdus depuis un
siècle… On me conseille d’attendre l’arrivée du prochain vols de Royal air Maroc qui atterri à 3h du matin: « Nonnn’, ça va awiver, c’est sue ». Je traîne entre le bar climatisé et
l’extérieur à 29°C pour fumer quelques cigarettes, on s’agite autour de moi, pour du change, pour un taxi, pour une visite guidée de Dakar demain… Finalement, vu ma tête, celle des mauvais jours,
ils laissent tomber et on fini par discuter normalement. Mon sac sort le dernier, déchiré évidemment! il est 4h15 quand je prend le taxi, je négocie à 3500fcfa, je fonce vers Dakar sans lumière,
avec un pare brise étoilé, et un vieux taximan portant une paire de lunettes à triple foyers, je lui roule une cigarette, il a l’air heureux, alors tout va bien, roule papi!
CVD, 4h45, je discute un peu avec le gardien de nuit, Mamadou, il parle toujours avec cette voix enrouée… Nous rigolons un peu des
potins d’ici, je regarde les voiliers au mouillage, tiens! le Master 48 est toujours là, j’ai gagné mon pari… La pleine lune est pour demain. 5h30, je m’endors avec une belle image, j’ai été
sage!
CVD, 8h15
Pas question de traîner ici, juste voire Robert,
Blah-blah-blah…
Un café chez Tati, blah-blah-blah.
Un rouleau de scotch
chez Fara pour réparer mon sac, Blah-blah-blah.
Autant de rafales d’une même mitraillette (version BD!) qui me fusillent le cœur, les
plus doués d’entre vous comprendrons cette image…
Non, vraiment, pas question de traîner ici.
TAXI, emmène moi et vite!
Dakar- Môle 3- Quartier du port- Chaleur à cuire un mec qui déteste la bière (Ouf!)- Des hommes siestent sur le bas-coté de l’avenue- à l’ombre-
parmi les sacs plastiques et les boites de conserves- à la hauteur des pots d’échappements- Des taxis vont se brûler ailleurs- des camions arrivent en sueurs- Au loin la chaleur divague- une
enseigne jaune et noir- un mirage- FLAG- un espoir- un effort- du réconfort- le Bâbord.
Un ventilo enchaîne à l’infini ses 360°, il découpe l’air chaud en mille morceaux qui lui n’en a rien à foutre et se recolle
aussitôt. Ca sent la friture et le poisson, la poussière et les gaz d’échappements. Je fais rentrer une Flag que je transpire bien trop tôt! je fais la connaissance de Prof et Eva, deux français
habitués de la casamance. J’ai sué plus que ma bière, une autre alors? Dehors un toubab en baskets fait des gestes de fous, il s’épuise, 5 sénégalais traînent leurs samaras autour de lui
« tranquille man! », encore un qui va perdre son argent… Tiens! Dakar se modernise, je viens de voir passer un fauteuil roulant à moteur atmosphérique!
Je réalise qu’aujourd’hui j’ai pas eu le temps de pleurer…
20h. Départ du Willis, le Ferry qui relie la Casamance à Dakar, encore des bières avec Pap et Eva, un rempart aux souvenirs qui
tenteraient de grimper jusqu’à ma mémoire. Un guitariste sénégalais joue et chante. Je chante aussi: Elle coule elle coule la mawadie d’amoue/ Non ien de ien Nonnn jé né reguette ien…jé epars à
zéo/ Et j’ai quié quié-é Aline pou qu’elle evienne/ Pou un fleut avec toi jé féwai n’impôte quoi, pou un fleut avec toi, poue un pétit toue… Tout un été pourri en moins de 10 chansons. Je finis
par rigoler, nous faisons un tabac!!! Presque heureux, je vais dormir sur le pont, et fumer des cigarettes quand c’est mon quart, la lune est pleine. Je fini par rester de quart et manquer de
tabac! Tout le monde dors et moi je rêve. Le jour se lève, nous sommes une bonne vingtaine à regarder l’horizon, je sais que c’est moi qui verra la terre le premier, je sais que c’est moi aussi
qui repèrera la bouée d’entrée de la passe le premier… je suis imbattable la dessus! Dans la passe je me complique la vie, trop de choses qui reviennent… je cache mes yeux derrière mes lunettes,
va te faire foutre sale mémoire!
Ziguinchor, 11h30, je suis le premier à sortir, direction le Perroquet, blah-blah-blah, nouvelles rafales… Je savais à quoi
m’attendre de toutes façons. J’ai envie de chanter: Va, prouve que tu existes, cherche le bonheur partout, oublie ce monde égoïste… Bref, des conneries, Allez Omar, un niar boules! Un p’tit rêve
à vot’ santé. Je m’en vais manger un tieb, chez Sidi (j’arrête de vous parler des rafales). L’après-midi c’est la chaleur qui domine et accouder à la rambarde du Perroquet je regarde couler le
fleuve et le va et viens incessant des pirogues. La nuit tombe vite, j’ai rêvé longtemps, j’ai pensé à vous…
Ce matin, j’ai commencé à vous écrire vers 8h mais à 9h l’électricité a disparue! J’ai bu un café au comptoir de Perroquet. A la
radio (sur pile) une saloperie de curé disait, je cite:
_Dieu est dans la couleur d’une mouette du port de marseille.
_On est sur terre pour apprendre à aimer et à mourir, c’est un tremplin à l’éternité.
_La vie terrestre est le fragment d’un long voyage.
Si il savait où j’me le met son « long voyage »! Bref, j’ai préféré regagner ma chambre et lire Moonfleet (J.M.Falkner) en attendant
que l’électricité réapparaisse.
Maintenant, je vais m’absenter, refaire mon intérieur, loin de toute cette catastrophe estivale. Nous nous retrouverons plus tard,
quand je serai guéri…
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