Ils ont dit:






   A mon retour, il s’est trouvé beaucoup de gens qui n’étaient pas partis, pour me dire qu’avec un peu de fantaisie et de concentation ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J’ai trop besoin de cet appoint concret qu’est le déplacement dans l’espace. Heureusement d’ailleurs que le monde s’étend pour les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c’est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective d’aller chercher derrière l’horizon un village où vivre les trois prochaines semaine, je suis bien aise de ne pouvoir m’en passer. [ L’usage du monde, N. Bouvier]

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   J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. [ J. Best, Grand footbaleur de Manchester United]

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_Finalement, ce tésor, on l’a vu ou pas ?
_Nous avons voulu le voir même s’il n’y était pas… Mais le trésor existe sûrement, caché par des démons taquins et il reste introuvable parmi les labyrinthes de nos questions et de nos réponses…  [ Corto Maltese & Raspoutine, La maison dorée de Samarkand]

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Lundi 7 avril 2008

 

   Un navire siffle en dépassant la jetée. Il s’en va, en jetant des feux dans la nuit. C’est un suédois. Il n’y a pas encore si longtemps, les matelots tiraient leur bordée dans la ville, buvaient de la bière dans les bars, prenaient des mulâtresses de Barroquigna par la taille. Cette nuit les voilà en mer, et demain ils seront déjà dans quelque port lointain avec des femmes blanches ou jaunes. Un jour il faut qu’Antonio Balduino s’engage, lui aussi, et qu’il coure le monde. C’est son rêve quand il dort, ou quand, étendu dans le sable, il regarde les caboteurs et les étoiles. 
                                  
   Jorge Amado, Bahia de tous les saints

 

 

 

   Voilà, le moment est enfin arrivé, Coriana va déployer ses ailes de dacron et nous allons nous envoler en direction de Salvador de Bahia; 2000miles à parcourir au dessus de l’océan atlantique… Je commence un vieux rêve qui devrait durer une bonne vingtaine de jours, il y en aura d‘autres des rêves mais celui là… Putain un taon est entrain de me bouffer la cheville, ça va encore gratter pendant une heure, font vraiment chier ces taons, on peut plus écrire peinard, gratte-gratte-gratte… Oui donc, je disais direction Salvador de Bahia avec le pot au noir aussi qui se situe pour l’instant à environ 700miles d’ici et derrière lui les alizées du Sud-est… J’ai hâte d‘y être, je ne vous le cache pas. Toutes ces aventures vécues, lues dans les livres, Slocum, Pidgeon, Gerbault, Le Toumelin, Bernicot, Marin-Marie, Auboiroux, Fougeron, Van de Kerchove, Van de Wiele, Les Damiens, Bardiaux, Dumas, Voss, Moitessier, Rebell, Tabarly, Kersauson… vont enfin avoir un sens. Nous y voilà, c’est à nous maintenant de traverser ce grand océan, nous y allons sans aucune appréhension, allez, disons juste le minimum nécessaire afin de rester vigilant et respectueux. Au départ de France j’étais un petit marin et je le suis rester, je crois, je l’espère, « L’expérience n’a jamais rien enseigné que la peur » disait Anita Conti, c’est vrai, on ne doit pas grandir sur l’eau, au contraire! Coriana, elle par contre, a évolué au rythme des escales et beaucoup depuis le jour de son départ de Douarnenez, c’était le 20 Août 2003 à 22h, et avec, j’écrivais à l’époque mon « fidèle » équipier Kim mais les choses de ce coté là ont évoluées elles aussi, et Pathy nous partions pour une première bordée, attirés, comme certains oiseaux de mer, par le grand large… Un mât neuf, une petite delphinière, un nouveau pilote, un nouveau régulateur d’allure, des winches self-tailing, un double palans de grand voile, des prises de ris et non plus une bôme à rouleaux, un nouveau panneau solaire et autres menus détails qui ont amélioré le confort et la sécurité de l’équipage.

 

   Ce fût une belle escale Africaine, une belle rencontre que La Casamance… Des amis aussi, je ne donnerai pas beaucoup de noms mais je les porte tous dans mon cœur, c’est ici que j’ai continué de grandir, parmi eux, grâce à eux, c‘est eux aussi qui cette année m‘ont reconstruit… « Vous avez été extraordinaire, sans vous…. Je pense à toi Papis, à toi Pierre-Antoine, à toi Philippe Diassi, à toi El Hadji et à toi aussi Tutti, je reviendrai, un jour, c’est certain. MERCI à tous, du fond du cœur… » Ça y est, voilà que je me met à chialer, ça faisait longtemps!   

  
    Il fait beau, j’écoute

Jesus & The Mary Chain:
 

Dreams of escape keep me awake
I’m never gonna get out and make it away
I’m a stone dead tripper
Dying in a fantasy

 
   « Blues from a gun » AUTOMATIC

 
   Quoi vous dire de plus? J’ai perdu tous mes mots dans le sable… Et puis l’impatience, vous savez comment c’est, on tourne en rond à fond la caisse, persuadé qu’il reste 10 000 choses à faire… Mais rien, tout est fini, les dés sont jetés, le voyage s’est joué ici, dans les soins accordés à sa préparation. J’ai fais ce que j’ai pu et le mieux possible, ceux d’entre vous qui me connaisse savent de quoi je cause… Du travail, beaucoup! Je ne veux pas m’étendre là-dessus… J’adore ce travail, celui de ne pas laisser au hasard la chance de pointer le bout de son nez. La mer n’est pas un jeu mais un terrain de jeu… Des idées, des listes, des travaux; Des nouvelles idées, de nouvelles listes, de nouveaux travaux, et on avance ainsi vers le départ, juste en rayant des bouts de papier… Coriana est splendide, armée comme si elle se rendait au mariage de Joshua et Winnibelle, ou de Captain Brown et Anahita! Moi aussi je suis pas en reste, sur mon 31... Le sourire bloqué aux oreilles, le regard pétillant, beau et fier… Ben! Oui. Yacine arrive ce soir, demain matin on fait le frais, mardi on range et mercredi route cachouane en attente d’une belle météo pour sortir de la casamance. Pour ceux qui veulent nous souhaiter un bon voyage, tel: 00221 77 728 0004  

   Ce matin avant de venir vous envoyer ce dernier message j’ai glissé deux trois mots à Coriana, un secret, juste entre elle et moi, pour l’instant… Je lui ai promis un truc… J’étais tellement heureux!

 

   Bon et bien on se retrouve de l’autre coté, je vous souhaite une belle traversée!

 


 PS: Je t’embrasse fort « My louve », n’oublie pas de regarder la lune la nuit, je la regarderai aussi (je suis toujours entrain de lire Croc-blanc!) Whaouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu! 

 

par Ronan Berrehouc
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