
A mon retour, il s’est trouvé beaucoup de gens qui n’étaient pas partis, pour me dire qu’avec un peu de fantaisie et de concentation ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul
de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J’ai trop besoin de cet appoint concret qu’est le déplacement dans l’espace. Heureusement d’ailleurs que le monde s’étend pour
les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c’est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective
d’aller chercher derrière l’horizon un village où vivre les trois prochaines semaine, je suis bien aise de ne pouvoir m’en passer. [ L’usage du monde, N. Bouvier]
J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. [ J. Best, Grand footbaleur de Manchester
United]
_Finalement, ce tésor, on l’a vu ou pas ?
_Nous avons voulu le voir même s’il n’y était pas… Mais le trésor existe sûrement, caché par des démons taquins et il reste introuvable parmi les labyrinthes de nos questions et de nos
réponses… [ Corto Maltese & Raspoutine, La maison dorée de Samarkand]

Le soleil a entamé sa journée depuis peu mais déjà il martèle de ses rayons la surface de l’eau qui avec l’aide miraculeuse d’un léger souffle apparu par l’ouest se fabrique en surface mille reflets argentés. Du jaune jeté sur du bleu, c’est simple et c’est joli… De retour à Itaparica après quelques jours passés à Lençois dans le parc National de Chapada, loin de Coriana et loin de la mer. Ca m’a fait du bien après presque huit mois passés sur Coriana (même s’il y a eu trois semaines en France en février, elle furent presque exclusivement consacrées à la préparation de la traversée) j’avais sans doute besoin de m’en éloigner un peu, de me dégourdir les jambes et la cervelle…
Whaouuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuu!
Hier soir en fermant les yeux, je me réjouissais à la seule pensée d’ouvrir
demain matin « La route du retour » de Jim Harrison, suite de la saga familiale qu’il avait entamé avec « Dalva » et ce matin, dès les premières lignes je me suis senti
revivre, disons que l’envie d’écrire est revenue me chatouiller le bout des doigts, ce n’est pas rien! J’attendais… J’étais parti dans les montagnes avec « Le seigneur des anneaux,
tome1 » et cela avait presque réussi à m’abrutir complètement, TOLKIEN, Ah! TOLKIEN, qu’on m’avait dit… Diplômé d’Oxford, spécialiste de philologie faisant autorité dans le monde entier… Mon
cul! Trop facile ses histoires de gamins, suffit de se promener la nuit dans les bois avec un couteau suisse et un stabilo jaune fluo et d’écrire sur une feuille d‘automne après avoir secoué dans
un shaker toutes les histoires qui étaient sensées vous endormir et qu’on vous a raconté quand vous étiez petits. Je m’en vais réexpédier les trois tomes en France, ça enlèvera du poids à
Coriana! Et sans doute que quelques abrutis arriveront à se goinfrer avec… Bon avec tout ça, j’allais oublier de vous raconter comment j’ai vu le match de l’équipe de France contre (ou avec!!!)
la Hollande. Je dois commencer par vous dire que le gérant de la pousada était un… Italien, donc que ça commençait mal, on a évité le coup de boule et les bouchons de champagne… Qu’il m’avait
proposé de regarder le match chez lui mais qu’évidemment à l’heure dite il n’était pas là. J’ai couru dans tout le village pour tenter de trouver une télévision reliée à un satellite lui-même
relié aux caméras en charge de filmer le match. Y’en avait bien une pas très loin de la pousada mais après avoir demandé à son propriétaire s’il y avait une TV satellite publique quelque part
dans le village (non sans espérer qu’il m’invite chez lui) et qu’il me réponde qu’il fallait que je redescende sur la place principale pour avoir une petite chance, j’ai commencé à perdre espoir.
Je suis monté voir les jeunes qui jouaient au foot sur la place du théâtre, peut-être eux sauraient-ils où on peut regarder ce match? Ils m’ont indiqué une pousada, un peu plus loin, sur la route
qui mène à l’église et au camping… J’y cours, j’y vole même et 200m plus loin je stoppe net, j’entends les rumeurs d’un stade dans une petite maison sur le côté gauche de la ruelle. Je sens une
ouverture mais deux femmes bouchent l’entrée, je crochète, feinte de corps, passement de jambe, hop! J’essaie de leur faire comprendre que je suis français et que je veux regarder le match, que
je suis prêt à payer, ou à acheter une bière même, s’il le faut! La maman arrive à la fenêtre qui comprend rien à mon baragouinage « footballinguisticobrasiliano » et
puis enfin le fils: mon sauveur… Qui lui regarde « mon » match vautré dans son fauteuil et commence à comprendre que s‘il ne me laisse pas rentrer, je vais tacler par derrière. Ouf! Je
suis assis sur l’canapé, je regarde une belle défaite. Depuis Sarko et son projet de France qui gagne, on n’a pas réussi grand chose, si on enlève la traversée de l’atlantique de Coriana,
s’entend! Je rentre avec sur le dos une humeur massacrante et nauséeuse, sans avoir bu de bière et fumé de clope… Merde, putain!
Le lendemain je me suis levé tôt, avant 6h, toujours difficile de trouver un café ouvert à cette heure. Sur la place du marché un vendeur ambulant de p’tit déj’-café da manha- installait sa guérite. En attendant qu’il termine j’ai regardé les pigeons rôder par petits groupes sur les pavés à la recherche de miettes perdues, ou d’une compagne pour passer l’hiver… Au loin, là-haut, des bouts de rochers sont en feu, embrasés par le soleil qui déjà frappe fort et à l’horizontale. Sur la place le café, lui, est bouillant, un peu trop sucré à mon goût et trop petit surtout. J’en prends trois pour réveiller mes cinq sens. Deux chiens sont apparus sur la place, essayant de chasser les pigeons mais ce fut rapidement sans espoir. Ils ont laissé tomber et commencé à fouiller les poubelles. Derrière moi, un peu après le pont, des rapides allaient se jeter dans la brume épaisse qui s’obstinait à étouffer le fond de la vallée… Des balayeuses de rue sont venues danser avec leurs grandes pelles sur les pavés chassant les chiens mais pas les pigeons. Au troisième café j’ai enfin senti mon cœur battre et accélérer…
Bon, sinon on s’est baladés dans le parc national et baignés dans les rivières mais pour ça il faudra partir sur l’autre blog qui sera peut-être en ligne demain:
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