Partager l'article ! Le mot qu'é-crier!: Sacré bordel d'être là, assis dev ...

A mon retour, il s’est trouvé beaucoup de gens qui n’étaient pas partis, pour me dire qu’avec un peu de fantaisie et de concentation ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul
de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J’ai trop besoin de cet appoint concret qu’est le déplacement dans l’espace. Heureusement d’ailleurs que le monde s’étend pour
les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c’est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective
d’aller chercher derrière l’horizon un village où vivre les trois prochaines semaine, je suis bien aise de ne pouvoir m’en passer. [ L’usage du monde, N. Bouvier]
J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. [ J. Best, Grand footbaleur de Manchester
United]
_Finalement, ce tésor, on l’a vu ou pas ?
_Nous avons voulu le voir même s’il n’y était pas… Mais le trésor existe sûrement, caché par des démons taquins et il reste introuvable parmi les labyrinthes de nos questions et de nos
réponses… [ Corto Maltese & Raspoutine, La maison dorée de Samarkand]

Sacré bordel d'être là, assis devant une feuille blanche, exhortant des mots à s'arracher des méninges pour les envoyer s'encrer sur du papier. Ça n'était pas une mince affaire, Ah! ça non. Mais il le fallait, ça oui. A un moment pourtant, j'avais bien failli renoncer: « Je laisserai jaunir ma putain de feuille blanche sur mon bureau, je m'enivrerai, je m'en irait vivre, pardon! loin, très loin, sans papier, sans encre, sans stylographe et avec plein d'alcool et des jolies filles qui seraient toutes follement amoureuses de moi! » Voilà comment que j'avais élaboré mon super plan que j'avais dessiné dans ma tête, ce soir là. Mais alors une montagne de mots seraient rester moisir quelque part au fond de ma cervelle... C'était Impensable que j'avais fini par penser. Donc, j'étais resté là, assis, devant ma feuille blanche, ça avait duré, des heures et puis des jours et puis des mois, à tenter d'exhumer des mots de feue mon imagination... Tout le monde avait fini par m'oublier, ou presque. Certains racontaient que j'étais devenu fou en tentant d'échapper à la réalité, d'autres affirmaient que j'étais mort, d'autres encore prétendaient que j'errais comme une âme damnée entre les lignes d'une effroyable histoire. En fait personne ne savait, sauf les mots!
La révolte avait sonné en même temps que son réveil tandis que la lune se carapatait en douce avec les plus belles étoiles dans un p'tit coin du ciel et qu'il tentait dans un demi sommeil de juguler une prometteuse érection, 1/ en étranglant froidement son gland, 2/ en essayant de penser à une partie de pêche au bar qu'il avait faite un beau soir de Juillet sur la pointe de Kervel bien des années auparavant! Sans doute cette turgescence devait elle pour beaucoup à un rêve surréaliste et peuplé de créatures nues, voluptueuses et caressantes! Pourquoi est-ce à ce moment que la révolte sonna? Il ne le sut pas. Quelques mots insurgés lui avaient d'abord perforé l'encéphale. Il se souvient de « chignole », « massue », « burin ». Ensuite, d'autres prirent le relais et déboulèrent en masse à travers le trajet profond de son système nerveux, s'infiltrant jusque dans les nerfs collatéraux de ses doigts avant de s'écouler, environ une demi heure, un café, une cigarette et une petite branlette plus tard, par l'embout fendu de son stylographe. Le mot « danger » fut le premier à se risquer sur la fibre végétale, cette terre inconnu pour les mots non-écrits. Le mot « imprévu » se lança également dans l'aventure en dérapant sur le papier. S'en suivi un flot ininterrompu d'autres mots. Tous se bousculaient au porte de son écriture. Toutefois, aucun d'entre eux ne faisaient réellement le malin une fois poser sur la page et tous s'alignaient tant bien que mal les uns à la suite des autres. La nervosité, le trac et l'incertitude quant au sort qui leur était réservé les rendaient parfois illisibles. Ils demeuraient longtemps sous la menace d'une correction d'orthographe, d'une règle de grammaire voir d'une mise à mort par un synonyme préféré ou pire, par un perfide faux amis. La sanction la plus effroyable étant sans conteste la biffure qui les condamnaient alors à l'errance éternelle, à l'existence inutile et misérable d'un paria. Les mots entre eux ne se font pas de largesses, non, ils s'entretuent! La concurrence est acharnée... Il faut comprendre... Je sais de quoi je vous parle puisque j'en suis un, oui moi, celui qui vous cause, pas celui qui vous écrit! C'est pourquoi je pense avoir mon mot à dire la dessus. Tenez, prenons mon cas par exemple, j'ai à lutter contre près de deux cent synonymes exaltés, de véritables barbares, des sauvages, des cannibales... C'est une guerre permanente, dévastatrice et sans merci, avec une seule devise : « Que le meilleur vous soit écrit, et qu'il ne soit fait aucun quartier ». J'allais en oublié ce duel ultime, celui qui m'oppose depuis presque la nuit des écritures à mon pire ennemi, un english! Arrrrgh! Perfide Albion... Mais j'y reviendrai plus tard, n'allons point trop vite voulez vous? En effet, l'écriture, autrement dite, la vie d'un mot comporte d'incessants tourments et de nombreuses vicissitudes. Sa naissance est souvent hasardeuse, nombreuses sont les fausses couches et plus encore les prématurés (la couveuse n'existe point). L'emploi du forceps est chose courante et la sage femme est souvent une belle fille qui s'est fait la malle... Pour nous la pédiatrie est une hérésie totale. Notre mère à tous est l'imagination débordante et notre père (du moins pour le cas présent!) un coureur de jupon refoulé au cœur tourmenté, un existentialiste romantique et parfaitement dépravé. (C'est qui ce mot là pour dire des choses pareil?) La plupart du temps nous autres, les mots, vivons dans une peur permanente de nos parents... Jamais vraiment à la bonne place, toujours entrain de jouer aux annotations dans les interlignes ou dans les marges quand c'est à propos de travail et de concentration que père et mère se concertent. Nous détestons écrire des histoires d'amour, nous les brisons, parfois même inconsciemment. Nous sommes des frappés du ciboulot je vous dis. Nous sommes prêts à tout! On vous complique la vie, pour un ni oui, ni non, on vous offre un peut-être... On s'acharne à vouloir vous mentir, à démentir. On vous envoi en enfer à deux lignes du paradis. On rebondit! On jure et on parjure, on ne fait que ça. On est bourré de maladie, l'élision, l'hiatus, l'euphonie, l'haplologie, l'explétif... Bref nous sommes de vrais casse couille.
Éventuellement à suivre...
Signé: le mot qu'é-crier
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