
A mon retour, il s’est trouvé beaucoup de gens qui n’étaient pas partis, pour me dire qu’avec un peu de fantaisie et de concentation ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul
de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J’ai trop besoin de cet appoint concret qu’est le déplacement dans l’espace. Heureusement d’ailleurs que le monde s’étend pour
les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c’est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective
d’aller chercher derrière l’horizon un village où vivre les trois prochaines semaine, je suis bien aise de ne pouvoir m’en passer. [ L’usage du monde, N. Bouvier]
J’avais une maison au bord de la mer. Mais pour aller à la plage il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer. [ J. Best, Grand footbaleur de Manchester
United]

_Finalement, ce tésor, on l’a vu ou pas ?
_Nous avons voulu le voir
même s’il n’y était pas… Mais le trésor existe sûrement, caché par des démons taquins et il reste introuvable parmi les labyrinthes de nos questions et de nos réponses… [ Corto Maltese & Raspoutine, La maison dorée de Samarkand]

Là, comme ça, pour vous mettre dans l'ambiance, j'écoute Pavement,... Slanted and
Enchanted, (re-formation prévue pour 2010) sous un toit en tôle ondulé, ça dégouline sous mes aisselles, ça
suinte entre les orteils, le ventilo balaye l'atmosphère brûlant de la pièce, il brasse, il brasse... Pur
bonheur! Vous n'aimeriez pas trop être à ma place, hein! Pas vrai?
Je ne vais pas vous rendre des comptes... Pourquoi je n'ai pas écris plus tôt? NON! Et puis quoi encore! Comme si je n'avais que ça à faire... Expliquer, pffttt... La vie est parsemée de trous de mémoire... d'oublis incessants... d'espaces morts.
Bref, allo! Ici la Guyane, Un petit morceau de forêt amazonienne où on n'a rien à faire et quelques hectare de mangrove inexplicable ou presque. La France! Ah! Bordel, LA FRANCE...
L'autre jour comme ça, j'allais au travail, si, maintenant je travail... Pour ma santé et la caisse de bord! J'allais au travail, installer des gigantesques bordels climatiques qui souffleront le froid sur des patients psychomachinchoses, des grosses machines ultra compliquées jusqu'à nous foutre les pétoches pour tout l'avenir qu'il nous reste, avec des gros tuyaux tordus comme des pythons géants, des vannes en forme de nœuds de papillons, des hélices infernales, des culottes avec des volets et des plénums!!! Partout sous la charpente: percer, cheviller, boulonner, percer, cheviller, boulonner... Un mélimélo de tôle galvanisé pas possible, faut voir... ça ressemble à rien... à un monstre... ça galvanise les chefs de combattre le monstre. Ils donnent des ordres, de loin, le matin par téléphone portable, en l'observant sur un grand plan en papier le monstre, tout étalé sur un bureau, même pas peur, loin du champ de bataille, du chantier, du bourbier, jamais dans les tranchés... La stratégie c'est eux! Ils nous ordonnent: découper le par ici, percer le là... Alors, têtes brûlés, avec mon ami Rocky, un coolie Surinamais descendant des esclaves indiens d'Asie amenés au Surinam par les hollandais, on exécute, on se déchire les paluches, on se brise le dos, on se casse bien la tête sur la charpente, on se déchire les genoux! Sur les plans, assis dans un bureau, c'est toujours plus facile, ça passe sans problème tandis qu'ici, avec nos armes, la meuleuse, la perceuse, la visseuse, la scie circulaire... On fini par s'arracher les cheveux de la tête.
Après, un beau jour, qu'on sait pas vraiment quand, faudra que ça marche à la baguette, qu'il obéisse, qu'il fonctionne aux ordres, et finalement c'est ça le pire... Ce sont les chefs qui auront vaincus le monstre et nous on ne sera même pas entrés dans la légende industrielle, Ulysse n'était certainement pas un intérimaire de chez ADECCO. Rocky, Ronan, au panier, Bye Bye, rendez-vous à jamais (Eddy Mitchel)... Allez: VROUM! En route le tsouin-tsouin climatiseur à vous fourguer la caïllante jusqu'au fin fond des testicules, à vous faire geler le sphincter. C'est pour que les psychomachinchoses ils puissent respirer de l'air frais, tranquille, en dessous, dans leurs chambres-cellule avec vitres blindés et murs molletonnés, c'est important qu'ils meurent pas « asficssié » les fous. Faut qu'on les gardes en bonne santé, tout de même! ça peut servir... Bon alors l'autre jour j'allais au travail, à 6h55, il faisait beau, super, pas encore chaud mais je vous rassure tout de suite ça n'allait pas tarder, le soleil déversait sur le par-brise de ma 205 tout un tas de lumière jaune qui m'aveuglait complètement! Je chantais: Why would that hurt if you never loved me, like you said you did, un truc d'Herman Dune que j'aime bien jouer à la guitare, le soir... après le travail. Alors, comme ça, j'arrive au « Pôle Psy », ouais, c'est comme ça qu'on l'appelle entre nous, les gens du chantier, les ouvriers du bâtiment, les brésiliens, les surinamais, les amérindiens, les bushinengés, les coolies, les hmongs et moi! J'arrive au Pôle psy, et au bout des derniers trois cent mètres de ce qui était un chemin en terre, je dis « était » parce que ce matin même le bitume a coulé dessus, y'a plus rien du sentier en terre... Hou là là! Le monde change à une vitesse! Bref, au bout du chemin en terre, je regarde d'une petite fille noire nue qui se plonge une main entière dans sa bouche minuscule tandis que l'autre agrippe par les cheveux la tête coupée d'une poupée blanche préhistorique et qui à deux pas de sa case en tôle rouillé et d'une énorme antenne satellite prête à vous choper les chaines extra-terrestre observe un gigantesque bulldozer qui s'affère à son travail de destruction. Elle tente de comprendre... Du coup, moi aussi, j'essaye de comprendre... Mais cinq minutes plus tard je suis dans la machine infernale, le monstre, je me retrouve, rampant sous la charpente avec une grosse perceuse entrain de planter un forêt à béton de diamètre dix dans la dalle du plafond...
Ce jour là, Plus tard dans la matinée j'avais observé des gamins dévaler sur des planches en bois « la montagne des graviers » ceux qui ont servi ce matin à bitumer le sentier en terre. Dans le ciel encore bleu, deux cerf-volant rouge bravaient crânement le grain et l'orage qui approchaient...

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